samedi 9 novembre 2013

#123


Monsieur M. ne se doutait pas qu'il serait ainsi contaminé pour le reste de ses nuits quand soudain les mots ont commencé à faire écho les uns avec les autres, déroulant sous son regard saisi la pelote d'un fil inconnu. Ce fut comme un sens jusque-là en sommeil stimulé pour la toute première fois, propageant tel un virus au cœur même de sa pensée l'influx nerveux d'une écriture, écriture qui s'est imposée d'elle-même sans demander la permission, sans jamais lui laisser le choix de l'accepter ou de la refuser.

Monsieur M. ne sait pas pourquoi il fait des phrases, mais il en fait, ne peut subir un jour sans en faire, dans cet enfer d'en faire, des blanches et sans sujet, aussi pauvres soient-elles, elles sont, dans des carnets qui traînent là, sur une table, dans un sac, à son chevet, dans son sommeil, sans compter le nombre incalculable de feuilles volantes froissées oubliées qu'il retrouve parfois, dans l'état, dans l'humeur et le lieu où il les avait laissées, avec cette étrange impression qu'elles ne lui appartiennent plus, comme si ces bouts d'écrits étaient orphelins non seulement de lui-même mais de tout autre auteur, de tout homme à l'origine de ces mots.

Non, ces phrases ne sont pas les siennes et quand bien même elles sont signées de sa propre main, monsieur M. crie au plagiat.





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