vendredi 8 juin 2018

#562



deux heures onze du bout 
de l'ongle gratte l'instant
où tout pronom échappe 
à la nuit

le travail commence

lèvres ouvertes sur un trou noir, ta bouche expire sa défaillance, accouche d'une parole, la mienne

la descente est rude, le réveil brutal

je m'accroche aux amygdales aux dents à la langue, tente de ralentir ma chute, rien à faire. Emporté par le flot de salive, ton désir m'expulse... dieu sait où

Tu me crois mort. Parce-que je ne dis rien. Parce-que je ne cris pas. Tu cherches à me faire pleurer. Sans succès. Ta bouche a accouché d'un silence. Silence aux yeux ouverts. Qui respire. Aveuglé par la lumière de l'écran. J'ai beau ne pas hurler, je suis là, bien en vie. Vieux de quelques secondes. Puis de quelques minutes. Le temps m'est compté. À peine né déjà en présence de la mort.

J'ai la nausée. Chaque bouffée d'air est irrespirable. Un gant blanc soulève mon petit corps fripé. Pas de mot, pas encore. Juste un hurlement lamentable. Celui d'un rêve réveillé en sursaut, dans le corps d'un autre. Je suis la plainte affamée qui t'exige de lui donner le sein.

Je suce avec dégoût ton lait noir. Le bruit de la goulue tétée résonne dans la nuit. Mon regard s'écarquille un peu plus à chaque gorgée. Mes pupilles se dilatent, devient vers le haut comme appelées par le ciel. Pendu de la bouche au téton, bras et jambes ballants, j'ai la nausée. Ton lait aurait-il mal tourné ? 

Tu me regardes somnoler et te demandes de quoi je rêve. Je rêve de l'obscurité d'avant ma naissance. Je rêve du lieu sombre d'où je viens, mon doux néant. 

Tes mains tremblent devant mon extrême fragilité. Tu tapes tout doucement sur le clavier comme on palpe un corps étranger. Tu penses un court instant m'abandonner. Mais jeter à la corbeille la page à peine noircie n'allègerait pas le poids de ta culpabilité. Ton désir d'écrire m'a enfanté. Tu en portes la responsabilité. Pas le choix. Tu dois continuer.

Mes pleurs redoublent d'intensité. Je me tords d'inconfort, étouffe dans l'espace si étroit de tes phrases. Tu me tournes dans tous les sens, cherches sous les mots un savoir dont tu ignores l'origine, savoir qui saurait apprivoiser ma voix. De mon côté de l'écran, je hurle à pleins poumons ta défaite au monde entier. Tu me jettes de colère par terre. Je m'échappe par la fissure de l'écran. Rampe sur le sol, cherche une porte de sortie à cet enfer. Mais la porte s'ouvre sur un mur. La fenêtre aussi. Je suis né condamné. Condamné à écrire en ton nom. Ce nom qui ne me ressemble pas. Comment le raturer de ma voix et retrouver l'anonymat duquel tu m'as arraché ? Moi, orphelin de l'anonyme, bâtard néant-humanité, ton nom m'a adopté de force, enchainé à une identité qui n'est pas la mienne.

Je tire sur la laisse. Tourne en rond dans ma cage. Me heurte aux interdictions. Tu me dis faut faire ci. Pas faire ça. Tu me prives du droit de me séparer de toi. Un pas dans la marge et déjà ta main me retient dans un endroit sous ta surveillance. Je n'échapperai pas à ton désir. Je suis à sa merci.

J'attends les premiers rayons du soleil. Seule la lumière du jour mettra un terme à cet enfer. Ce ne sera plus très long. La nuit passe à la vitesse de ma croissance. Elle égale presque celle de la lumière. L'heure de ma naissance n'est déjà plus qu'un vague souvenir. Tu perçois à l'oeil nu ma métamorphose. Seconde après seconde. Ligne après ligne. Je prends de l'âge. N'entends-tu pas ma voix changer de ton ? 

Je porte mon désir comme un désert empli de mirages. Quelque-chose me reste en travers de la gorge. La lumière de l'écran éclaire mes boutons. Mes joues sont constellées de pus. Comment tenir le regard devant toi ? Je baisse la tête même devant mon propre reflet. M'arrache la peau avec les ongles, me lacère au rasoir. Ponctue mon visage de cratères et cicatrices.

Un désir nait du malaise face à moi-même : peindre. Donner des coups de pinceaux, de couteaux, me refaire le portrait. Le temps d'un tableau ma chair devient matière. Ma laideur un modèle. Ce que je peins te répugne. Tu me prives de toiles, de couleurs. Alors je jette ma salive, ma chair, mon sperme, mon sang à même les murs, les recouvre d'autoportraits perturbés, natures mortes vivantes, coït obscène offert comme une offrande à la vue. Ma peinture n'est pas signée. Et cette absence de nom t'est directement adressée. Nous ne partageons rien. Rien d'autre qu'un peu de sang. Tu as beau être mon géniteur, je ne suis pas obligé de t'aimer. 

Ma voix rumine, elle cherche l'issue du monologue perdu dans son théâtre vide... Vide, oui. À cette heure ci, qui serait assez seul pour écouter la voix d'une insomnie ? Ces mots ne s'adressent à personne. Encore moins à toi. Tu peux quitter cette page l’esprit tranquille. Je vis très bien sans toi. Alors va. Laisse moi maintenant. Laisse moi mourir seul. Je ne réponds déjà plus à grand-chose, pas même au caresse. Ma carcasse ne me sert plus à rien, tout juste à me border l'âme bien plus qu'il ne le faudrait. C'est vraiment trop serré, je suis dans ce lit bien à l'étroit. Peux-tu desserrer le drap avant de partir. Merci. Voilà. Je n'ai pas si froid tu sais. Et puis j'aimerais m'endormir une dernière fois à l'air libre, moi qui dans mes plus belles heures ai toujours aimé dormir nu, la fenêtre grande ouverte, offert à la nuit étoilée... 

Mais même ce souvenir ne m'appartient plus. Je fais fausse route, peut-être qu'il appartient à un autre, aurais je volé la mémoire de quelqu’un ? La tienne ? Excuse-moi, s'il s'agit là d'un de tes souvenirs intimes, je te le rends sur le champ. Je ne veux pas te détrousser de ton passé, ne te méprends pas, je ne suis ni pickpocket ni cleptomane, c'est juste que je suis à cette heure-ci un peu perdu et que j'ai besoin de saisir ce qui traverse ma tête comme une balle de revolver, qu'il s’agisse là du souvenir d'un autre ou d'une mouche qui ne fait que passer, qu'importe, j'ai juste juste besoin de m'accrocher à quelque chose pour respirer, à vrai dire, regarde, mon regard n'est déjà plus qu'un regard dans le vide, je n'ai plus goût à rien, ne sens plus rien, ni quand je me fais dessus, ni quand un rare proche me prend la main, mon corps n'est plus qu'une pierre et les pierres n'ont pas encore appris à parler alors que dire ? Et à qui ? Tu es déjà parti. L'ordinateur n'a presque plus de batterie. Il va s'éteindre avec moi. Rien de ce que j'aurai dit jusque là ne sera sauvegardé dans sa mémoire. 

qu'ai-je été ? des secondes qui vieillissent au goutte à goutte la peau et la pensée du jour au lendemain sans même qu'on s'en aperçoive, celles qui font le cœur de l'existence, chères foutues secondes passant d'un état à un autre comme une seule et même voix qui sans jamais s'arrêter muent jusqu'à son extinction, qui sans jamais reprendre son souffle parle jusqu'à son dernier souffle, du pré-babillage au premier pa-pa, de ma première phrase formulée à mes plus navrants et longs discours, je n'ai finalement appris qu'à coller des interjections les unes avec les autres qui mises bout à bout sont devenues avec le temps des gros et petits mots censés faciliter l'expression et qui pourtant me semblent dans le désordre quand, comme aujourd'hui, je tente de m'exprimer... c'est comme si tous les mots composant la langue n'avaient plus de logique plus de fonction, plus de règle ni de lien entre eux et qu'ils sortaient de ma bouche sans ponctuation pour formuler une seule et même phrase interminable et incompréhensible une phrase où la grammaire finit par violer ses propres règles où les temps ne concordent plus avec ma mémoire une phrase brassant du vent au rythme des secondes secondes identiques et si brèves qu'elles me donnent à peine le temps de reprendre ma respiration pour dire... pour dire quoi au juste? Combien pèse à présent les milliers de caractères jetés cette nuit ?

Quelle heure est-il ? L'heure de s'inventer une grippe, un cancer, un grand-père subitement mort, une excuse assez grave à donner à l'orthophoniste. Pas envie d'y aller. Préfère paresser un peu défoncé, et peindre jusqu'à épuisement. Ouvrir un livre aussi. Oui lire n'est pas ce que les profs me racontent au lycée. Lire c'est savoir écouter. Rien d'autre. Les livres qu'on m'oblige à lire ne me parlent pas. Ceux qui me parlent ne sont jamais au programme. D'où le besoin de choisir les miens, bâtir ma propre bibliothèque. Elle s'est vite remplie. Mais peu de livres ont vraiment compté, ceux qui ont laissé en moi le souvenir d'un lieu, le lieu d'une voix qui s'est un jour adressée à moi, comme on s'adresse à un inconnu de confiance... le lecteur. On frappe à la porte. Quelqu’un me tend une pelle. Je m’en saisis. Je creuse dans le néant des mots que tu n'entends pas, et même si un jour malgré leur mutisme tu les comprenais, d'une façon ou d'une autre, et bien sache qu'ils n'attendraient aucune réponse de ta part, ni même une écoute attentive, tout au plus une oreille distraite, occupée à écouter autre chose, perturbée par le vacarme alentour. 

Je cherche du chagrin à l'intérieur. Mais ne trouve que de l'indifférence. Tant pis. Je reste là, allongé, ouvre le livre qui m' attend sur la table de chevet. Sa voix s'adresse à moi comme aucune parole. Plus les minutes passent, plus mon indifférence grandit en moi. Je ne prends même plus le temps de peindre. 
Je n'en ai plus la force. J'ai besoin d'une présence. Peu importe laquelle. Si je ne parle pas, je vais mourir asphyxié de silence.

Tu dois bien me connaître pour m'accompagner ainsi de ton silence fidèle, silence qui toujours espère, qui jamais ne se décourage. qui reste là, à mon chevet, jusqu'à la fin. Tu dois être très proche de moi, un ami sincère, un ennemi venu faire la paix ? Tu es peut-être même de la famille, plus qu'un oncle ou un cousin éloigné qu'on ne rencontre qu'une fois par an pour les fêtes, mais une sœur ou un frère, un père ou une mère, comment être certain, je devine à peine ta silhouette, de l'autre côté de la feuille, tu sembles si loin, es-tu au moins encore vivant ? Tu es peut-être l'un de mes enfants si et seulement si j'ai osé un jour commettre le crime d'en faire à mon tour ! alors dîtes-moi, vous qui savez tout, en ai-je eu des enfants ? Répondez ! Ils sont comment ? Un peu idiots n'est-ce pas ? Je ne les aurais pas réussis alors? Comment aurais je pu en être autrement, je suis toujours allé d'échec en échec, vous pouvez finalement être n'importe qui, n'importe quoi, quelque soit le sexe de l'enfant, c'est sûr qu'entre nous ça n'a pas marché.

Sous ses airs d'infini, la nuit est mortelle. Le soleil n'oublie jamais de se lever. L'obscurité d'un rideau tiré ne suffira pas à ma survie. Aurai-je le temps de vieillir avant ma mort ? La voix que je suis le dira. Parce-que je suis une voix, pas de doute là-dessus, pas un personnage, juste une voix, une haleine de mots éphémères soufflés par la nuit. Cette nuit. Pas une autre. Il faudrait la dater. Mais le calendrier est blanc. Jours. Mois. Années. Disparus. Ne reste plus que les heures. À quelle heure je meurs ? Le soleil se lève dans soixante-sept minutes.


Tu manques de temps pour m'écrire. La nuit est trop brève. Depuis que tu m'allaites mon haleine sent les pieds. Me suffit-il d'ouvrir la bouche pour marcher ? Prononcer un mot pour faire un pas. Étrangement avancer. Nulle part mais avancer. Traverser la vie d'une parole en une nuit. Et disparaître à l'aube. Sans laisser de trace. Ne plus avoir à supporter ton silence. Ton silence est un bourreau dont je devine le ressentiment, les sous-entendus sur ton visage éclairé par la lumière de l'écran. Tu es un monstre de silence étouffant, de paroles rares mais précises, touchant toujours un endroit de moi secrètement caché, l’endroit où l’ombre sur le mur semble chercher un bout de corde. Un petit bout suffirait. À ce qui paraît, on peut même se pendre avec ses lacets. Mais tu m'as chaussé de baskets à scratches. Tu l’as fait exprès. Il n’y a donc aucun moyen de t'échapper. Je cherche à hurler. À formuler mon refus, ma révolte. Mais toute tentative est inaudible...

#561


mardi 23 janvier 2018

#554


je suis, au même titre que l’objet posé là, sur la table. Qu’est-ce que c’est, c’est en verre soufflé de Venise. Avec l’ampoule adéquate, sa lumière est celle de l’aube, l’aube mon amie qui peut s’éteindre à tout moment, un jour comme un autre, juste avant que le jour se lève, plus de mots le matin oui plus rien, l’aube mon double devenue absence, voix disparue, soeur inconnue. Vous savez, de ces pertes qui ravagent, le temps d’une nouvelle annoncée par quelqu’un, une notification sur l’écran, le son émis par la baffle, un tweet : l'aube est morte... et la lecture de l’information trou l’être à jamais…


j’ai mal à la parole, l’ennui est profond, vertigineux, mais je fais avec, je ne me morfonds pas, tout au contraire, je joue à trahir la vie, me sors de son piège en lui mentant. J’ai l’âme vilaine, la langue fourbe, dans ma bouche les mots qui virent au vinaigre à peine entré dans l’oreille, mieux vaut les taire, en chercher d’autre, coudre ses lèvres et plonger, le nez pincé, en apnée, accoudé au comptoir du salon de thé, devenir chercheur d’épaves, avec en tête de vagues coordonnées géographiques, temporelles, sombrer loin, plus loin que le passé, dans un couloir obscur où une fenêtre est ouverte sur l’intérieur...


une vieille cour, un escalier infini qui tourne. Je monte, rejoins les toits, les chats de gouttières. Là j’aperçois un morceau de quelque-chose. Je m’en saisir, je sens sa rouille sous mes doigts. La ville tourne derrière, je bois une gorgée de thé, je redescends l’escalier, m’enfonce dans le couloir et remonte peu à peu à la surface, à l’aveugle dans le noir, le morceau d’épave en main, je ne sais ce que c’est, un bout de quelque-chose en chair et en os, perle dans le seau de coquillages...


je suis la phrase où déterrer, très loin dans la mémoire, le visage vu au coin d’une rue, dans le réel ou ailleurs, ou à l’heure du sommeil, qui sait d’où vient ce visage inconnu que soudain je reconnais, est-ce celui arrivé il y a dix ans ou un type complètement différent ? Décidément, je n'apprendrai rien en me regardant dans la glace. Saigon gronde derrière la devanture du salon de thé, et soudain, dans la porte, face à au visage de l’inconnu que j’incarne, je reviens à moi, avec le sentiment de me réveiller d’un long coma…





mardi 9 janvier 2018

#553


je relis la même phrase pendant des heures. Mon attention, plus que dispersée, perd trop vite patience, on dirait qu’elle est continuellement préoccupée. Comme en retard sur quelque-chose. À cette allure je me demande qui je cherche à rattraper : celui à côté duquel je marche, celui à qui parfois je parle seul dans la rue, celui que le plus souvent j’ignore, l’autre qui remue la jambe assis sur sa chaise, l’autre envoûté par l’angoisse, corps habité d’absence qui palpite, juste à côté de moi, je l’observe à son insu, il devient chose, mouvement, pas plus pas moins qu’une machine ou une plante, j’écris et ma conscience plonge je ne sais où, sous la surface ne reste du monde qu’un bruit de fond sourd. Je respire mal mais je n’écris tout de même pas en apnée, non, j’écris comme relié à une autre respiration, je ne sais qui respire pour moi, face à la phrase qui marche sur la page, petite bête qui fait les cents pas, décidément, écrire assis sur une chaise use les chaussures, un bout de cuir pendouille du talon, plaie du pas dont on voit l'intérieur, tissu noir qui ne va pas tarder à se déchirer. Le temps donne un visage, une personnalité au cuir. Moi et les chaussures qui m’accompagnent avons un air de famille évident. Si on portait tous les mêmes chaussures, chaque paire aurait un visage différent au bout de quelques mois. Je porte des lacets un matin cassés puis rapiécés de noeuds hésitants pressé par la peur d’être en retard au travail. Il m’arrive d’oublier mes clés, mon téléphone, parfois même mon portefeuille, mais jamais je n’oublie de me chausser avant de partir… partir oui, malgré les lieux, le trajet, les rues auxquelles la vie nous limite, il s’agit de partir chaussé, prêt à marcher, à avancer, à dériver comme hier, quand j'errais pendant des heures sans appareil photo, sans écriture, juste un corps moite et tracassé qui va jusqu’à épuisement, l’oreille bouchée, bouchon de cérumen vieux d’un an qui m’entraine à l’hosto. Vous ne pouvez imaginer quelle galère ce fut pour l’extraire. Je me souviens de l’oreillologue, l’air abasourdi devant le petit morceau de crasse sèche au bout de sa pique : THIS has been here for a very long time avait-il dit, je produis beaucoup de ceremuen, je sais qu’il s’agit là d’un symptôme d’écrivant. Plus j’écris plus mes orifices se remplissent de silence. Le vide finit enseveli sous la crasse, petite boule noir-essence, bout de shit sec sur le tympan


l’angoisse pure tourne en rond, la nuit, le jour, dans le courant des heures, la chambre minuscule, sans fenêtre, au beau milieu de la ville, la folie de ses reflets, ses chants remontent. Le lointain se rapproche plus la phrase parle, avance, la ville n’est pas le sujet. Je suis expérience, sans volonté de « témoigner» de l’épreuve, juste laisser l’épreuve parler. Je n’ai plus de pouvoir de décision. L’écriture est devenue geste. Rien d’autre. Finalement je ne me sens plus d’identités multiples, le visage en désordre, par terre, dans les débris du miroir cassé, non, je me sens orphelin de mes doubles


il y a des matins où la parole n’est plus qu’un théâtre de gestes. Je rentre dans la pièce. Les serveurs me regardent. Je joue à celui qui regarde la peinture sur le mur, sourcils froncés, l’air intéressé par le décor, le menu, alors qu’il n’a commandé qu’un café. Tous mes gestes sont faux. Ce n’est pas le corps qui m’encombre mais l'acteur qui vit dedans. J’ai une tâche sur la langue, je suis malade d’écrire. C’est décidé. Je suis en train d’écrire la dernière page. Ce livre c'est le temps que j’ai passé à écrire ainsi, dans l’expérience du présent, le trou que je n’ai cessé de creuser jusqu’à remonter à la surface aujourd’hui. Je suis sorti du labyrinthe. Cette période de ma vie se termine ici. Je suis déjà autre. Il suffit de poser un point final pour à nouveau respirer. Je vis en apnée depuis bien trop longtemps, je fatigue. Si je continue ce livre va me tuer. Son expérience est devenue maladie. Et me voilà devant trois bâtons d’encens plantés dans la cendre. Contre les pierres des silhouettes marmonent les deux mains sur la bouche, elles se confient à l'oreille des murs sacrés le manteau sur le masque. Une veste sur la tête. Les visages de cuirs me regardent. Sur le départ, la peur du vide règne. 



il faut jouer à la vie pour qu’elle existe un peu