dimanche 24 novembre 2013

#139


Où est monsieur M. quand il s'absente quelques jours ?
Personne ne le sait. Pas même moi...

Je l'imagine seul, loin des autres, loin des foules sauvages de voix et de gestes, parti marcher, il va et vient dans son monde comme une bête dans sa cage, sans aucune page d'histoire en tête, sans but si ce n'est celui de compter ses pas, errance à la dérive suivant des yeux le courant d'une rivière menant aux berges d'un fleuve menant au sable désert de l'océan à traverser à marée basse avant que ne soit recouvert le passage du Gois...


(Je ne sais comment sa pensée désertée a ce soir échoué là...)

Je l'imagine ensuite s'asseoir sur un banc de bois attendant patiemment que la remontée de l'eau efface toute trace de ses pas. Je l'imagine rester là à ne rien faire, malgré les signes agités d'une main au loin, ses appels au secours, la détresse d'une ombre hurlant qu'elle ne sait pas nager, silhouette humaine surprise par la marée elle qui à l'oubli des heures était venue pêcher la palourde à pied histoire de ne penser à rien...


J'imagine son regard impassible à la vue de ces cris disparus dans les fonds marins...


Une fois l'ombre engloutie, monsieur M. est resté assis là toute la nuit à tenter de traduire l'écriture des vagues, ces lignes blanches de bave au cœur du noir le plus silencieux, sans égard aucun pour la parole de l'homme venant de mourir sous ses yeux.








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