mardi 21 mai 2013

#56


Qui témoigne de toutes ces secondes éprouvées au plus profond de sa chair, chères foutues secondes marquant sa peau et sa pensée, cœur de l'existence passant à son poignet, regard sur le fil d'une voix qui sans jamais s'arrêter mue jusqu'à son extinction, son dernier souffle...


du pré-babillage au premier papa, de sa première phrase formulée à ses plus navrants et longs discours, l'étranger n'a finalement rien appris d'autre qu'à coller des interjections les unes avec les autres, qui mises bout à bout sont devenues avec le temps des gros et petits mots censés faciliter l'expression et qui pourtant lui semblent dans le désordre quand, comme aujourd'hui, il tente de s'exprimer devant vous.


Comme si sa langue n'avait plus de logique, plus de fonction, plus de règles, comme si ces mots sortaient de sa bouche sans ponctuation pour formuler une seule et même phrase interminable et incompréhensible... La grammaire finit par violer sauvagement ses propres lois, la concordance des temps morcelée dans sa mémoire qui se souvient au présent, à l'imparfait, au futur, au passé supposé. Sa pensée n'a plus d'âge, plus de nom, plus de pays, elle n'est qu'un souffle, un oubli, une succession de secondes identiques et si brèves qu'elles lui donnent à peine le temps de reprendre sa respiration avant de continuer à vous dire, à vous dire quoi au juste?



j'écris : les secondes suicidées


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