mardi 25 juillet 2017

#535 bis


Ta proposition de m’aider financièrement me touche profondément. Ta fraternité m’est précieuse. Nous ne sommes pas des proches et c’est justement ce qui me rapproche de toi. Sincèrement, quand j’écris, je ne m’adresse pas à toi mais à l’écriture, et l’écriture, ensuite, s’adresse à toi. Je m’excuse, non sans gène, si mon dernier billet sonnait « appel aux dons » mais je ne faisais là que m’adresser à moi-même. Le blog connait la solitude. Il parle seul tout haut dans l’ombre. Un peu comme quand je suis au café, à l’oubli de tous au milieu du monde, seul en moi. Un billet de blog est comme une parole jetée dans le silence. Une bouteille à la mer des adresses. Je veux que ça reste ainsi. Que ce silence ne soit pas dette. Car malgré la fraternité de ta proposition, je me sentirai en dette. Je suis ainsi. Il y a quelques temps, j’ai déjà accepté l'aide d’une lointaine amie (chère), ne me connaissant que par l’écriture. Je préfère ne pas renouveler l’expérience. Je suis mal à l'aise avec l'argent. Je suis de plus peu ouvert aux autres. Et suis déjà en dette de tant de partages. 

Il y aura un livre. Un livre que je vendrai. Je ne sais quand, ni comment, ni si je le ferai seul, ici, made in Saigon (tant d’aventures sur le web qui ouvrent la voie, venant d'individus dans des situations bien plus compliquées que la mienne. Ça donne envie de se débrouiller seul, de bidouiller). Ou bien chez un éditeur qui peut-être sera curieux du "livre à venir" (et dont je vais tout faire pour respecter les délais). Mais peu importe comment, il y aura livre un jour, et je le vendrai. Je ne le donnerai pas. Je t’inviterai à l’acheter. Et tu feras à ta guise. 

Mais la vie matérielle qui arrache à toute possibilité de créer, cette vie là que chacun d’entre nous vit, je préfère m’en arranger seul. Et je ne le cache pas, c’est aussi une question de légitimité. Bien d’autres galèrent bien plus que moi. Il faudrait une cagnotte collective. Mais aussi large serait-elle, elle oublierait toujours quelqu’un, quelqu’un qui écrit et se consacre bien plus que moi à cette pratique. 

Sache que ta confiance renouvelée, ta bienveillance sont déjà une solution aux problèmes. Je ne peux que refuser ta proposition avec profonde reconnaissance et amitié, cette distance qui fait rapport écrivait Blanchot. Sa phrase résonne si autrement en présence du web, en ta présence, cher inconnu(e) de confiance.

(à peine écrit ce billet que la crowfunding semble déjà lancé, la fraternité du web avance plus vite que moi)




3 commentaires:

ef a dit…

Chère voix, chère écriture,
C’est aussi à toi que je m’adresse, c’est toi que je lis quand je te lis, je ne sais qui est derrière, je ne sais ce qui est derrière cette écriture qui se transforme irrésistiblement en une voix humaine dans ma tête. Ton sentiment de fraternité me touche également, même s’il ne me touche pas directement moi-même mais cette chose qui s’étend entre nous et qui nous relie, que tu écris et que je lis… Je ne veux pas que tu te sentes en dette – enfin, si, mais pas plus qu’avant, et non pas à mon égard ni à l’égard des autres qui répondent à cet appel et contribuent, mais à l’égard de toi-même, à l’égard de cette écriture qui te pousse à la produire. Et détrompe-toi, il ne s’agit pas d’argent, tu n’auras pas un sou de plus grâce à cette cagnotte. Tu n’auras (j’espère) qu’un nouvel outil de travail qui te permet de continuer à exister et à se (re)produire. Il ne s’agit pas non plus d’être plus ouvert(e) aux autres qu’avant. Il s’agit de continuer à être ce que tu es, de continuer à faire ce que tu fais, de continuer à devenir ce que tu deviens, de continuer... C’est tout ce qu’on veut, nous autres qui sommes de l’autre bout de la ligne, de tes lignes.

Il ne s’agit pas d’altruisme pur ni d’humanisme idéaliste ou idéalisant – pour ma part en tous cas. Si l’égoïsme pur existe, je ne crois pas qu’il puisse y avoir de l’altruisme pur. Si on donne, c’est parce que l’on en tire quelque chose, de toi, de cette écriture. C’est qu’on veux que tu sois et que tu continues à être (pour nous) (aussi). C’est que ça nous donne quelque chose, c’est qu’on aime bien ça, c’est que ça nous réconforte aussi que tu existes et que ça dépende un peu de nous aussi. Cela nous permet de nous sentir un peu plus forts, un peu plus réels peut-être, un peu plus constitutifs et constructifs de ce monde autour de nous, ou de l’idée qu’on s’en fait. Un peu d’idéalisme donc, peut-être, mais nourri non moins par notre idée de nous-mêmes et par nos envies que par l’idée du monde au-delà de nous-mêmes. On ne peut s’empêcher de recevoir en donnant. Comme on ne peut s’empêcher de donner en recevant.

Qu’il y ait un livre un jour et qu’il se vende et qu’on puisse l’acheter ou décider de ne pas l’acheter, très bien. Mais il n’y a pas que le livre. Ce n’est pas seulement le livre qui compte et on ne veut plus seulement le livre. On veut les pensées et les paroles quotidiennes, les bribes de beauté que tu lances dans l’espace et qu’on attrape par-ci par-là, en fonction de nos envies et de nos vies à nous, lorsque la vie matérielle nous arrache nous aussi aux Grands Projets, qu’ils soient de création ou de réception.

Tu peux refuser la proposition, mais pourquoi faire ? à quoi bon ? On donne parce qu’on a envie de recevoir, et en recevant tu ne fais qu’accepter notre amitié et notre confiance qui ne t’oblige à rien, en retour des tiennes, et qui n’est rien qu’une reconnaissance de ce que tu nous a déjà donné sans rien recevoir en retour, sinon ce dont on ne s’est même pas rendu compte.

Amitiés,
Un moi (et une voix) qui est un(e) autre (ou plusieurs)

annaj a dit…

accepter la solidarité, c'est simplement la rendre possible.
ensuite ce que dit ef est l'évidence. un outil pour l'écriture. tout écrivain est redevable de son lecteur.;-)

ef a dit…

"accepter la solidarité, c'est simplement la rendre possible" - très bien dit annaj, tout y est!