samedi 1 juillet 2017

#525

je m’adresse à vous en semblable. Dans une énième nuit échouée. Une énième parole donnée au lecteur. Ce si rare lecteur que l’on croise parfois au bout d’une phrase, et qui aussitôt disparaît dans l’oubli. Longtemps que la musique ne m’avait pas remué, longtemps que je n’avais pas chanté, longtemps que l’amour n’avait pas envahi l’écriture, longtemps que je n’avais embrassé une première fois, longtemps que le désir de se perdre dans la peau d’une autre n’avait pas été aussi puissant, longtemps que je n’avais pas été seul avec quelqu’un dans un cinéma vide, longtemps que je ne m’étais pas autant inquiété de la mort. Mathias, prénom si encombrant à porter, depuis toujours, je n’ai jamais su trop pourquoi, peut-être un rejet idiot pour sa sonorité. Ici on m’appelle Anh. Ou Anh Mat. Ou Em. Ou Chú. Ou Chồng. Ou Papa. Mais Mathias jamais. Mathias c’est celui que je fus avant de partir. Celui qui un jour s’est effacé derrière un détachement. Détaché des autres, de soi, je suis devenu les choses que j’ai regardées, écrites, photographiées, filmées, pensées. Ce prénom refait donc surface aujourd’hui. Tel un masque à réapprendre à porter, dans l’infini des fictions possibles. Moutain mist, thé blanc, il me reste quelques minutes pour écrire, je pars dans 10 minutes, 10 minutes de grondement, le moteur de la ville bourdonne dans l’oreille, vocifère sa rage mécanique sur les piétons qui traversent. Mathias est assis là. Je suis assis là puisque Mathias c’est moi. Oui c’est mon oreille droite, ce sont mes yeux, mon corps, ma tare, cet encombrant, On est hélas occupant locataire de ce corps, et on y demeure sans pouvoir le quitter, tel le tombeau d’un cadavre. On finit comme un arbre qui ne vit plus que de son écorce. Vide. Bouquet de fleurs mortes au pied. Mathias se réveille en sursaut dans mon corps, inquiété par le temps qui passe et commence à compter. Je l’accueille comme un étranger, de retour chez lui, après une longue traversée du désert.




3 commentaires:

Anonyme a dit…

merveille!!!

annaj a dit…

pas anonyme c'est annaj...erreur de manip

Anna Urli-Vernenghi a dit…

Mais quelle jolie nouvelle, l'art d'être là, plus que jamais,