vendredi 14 juillet 2017

#533


Deux jours après je suis là. Je t’écris de l’amant Café. J’ai bien cherché Duras entre les tables vides, le toc luxueux, la musique lounge de merde, je ne l’ai pas trouvée. Duras passe toujours par l’amour, peu importe le livre, l’amour qui naît au milieu des histoires banales que personne ne connait. Des histoires de famille, d’argent, d’héritage, de terrain acheté par un mort, un père de famille mort de la rage, laissant seul sa femme avec quatre enfants. L’un sera adopté en France, Deux vivront à SOS children village, le garçon restera seul avec la mère, dans les champs. Une famille qui s’entredéchire plus les mariages continuent de tisser la toile des liens du sang, le sang que partage chacun de ces enfants. Mari et femme se poursuivent au couteau, oncle et tante se lancent des pierres, se menacent de mort, devant une rangée d’enfants qui ne pleurent pas, qui regardent ça silencieux et inquiets, sans caprice, avec dans le regard une peur de grand. Les cris s’échappant par les fenêtres deviennent les rumeurs du village. Des drames si tragiques que toute fiction rendrait obscènes. Les familles maudites existent. Duras avait la sienne. Ma fille aussi. Tu connais ces histoires bien mieux que moi. Et puis quelque-part, au coeur de tout ça, on refuse de ne plus aimer, on choisit de croire qu’on est un peu vivant, dans les yeux, le ventre, la bouche de quelqu’un d’autre, faire de ma semence ta salive, ta salive me manque terriblement, quand je pense à l’odeur poivré de ton cou, au relent salé de ta poisse, quand je pense à ta tendresse salace, je m’échappe un instant du monde auquel je possède, et je t’aime clandestinement, passion probablement mièvre, naïve, oui, un amour d’enfant, des enfants qui font l’amour, et puis l’âge qui fait de nous des adultes dès qu’on commence à parler, c’est vrai dès qu’on se parle, le temps vire à la tristesse. Parce-que l’impossible nous rattrape toujours, les choix faits, les décisions prises, les papiers signés, l’argent et le sang qui nous lie aujourd’hui, celui de l’enfant, qui n’a pas demandé à être là. Et qui est, et qui à force de demander me dérobe à ta demande. À la mienne. Sa présence est sans pitié, elle ne laisse le temps d’aimer quelqu’un d’autre. Pour m’autoriser à t’aimer, j’ai dû m’absenter un instant. Des instants sans lesquels l’existence ne peut respirer. Je ne veux plus être un corps vide. Je veux réincarner le prénom par lequel tu m’appelles parfois : Mathias. Je me reconnais dans la sonorité étrange de mon prénom dans ta bouche. Mes gémissements sont les miens. Ce Dieu que j’implore en anglais, sous ton supplice, il existe le temps d’une étreinte, cette étreinte de laquelle tu cherches à échapper, quand je suis en toi, que ta main sans force me retient de m’enfoncer plus encore. Mes doigts sur ta gorge, ta rougeur m’étrangle. Il me  reste de nous des fragments de mouvements, de va et viens, de vagues souvenirs de cris. Des moments de paix volés sur des terrasses, dans des cafés, dans la rue. Quelques heures après, je suis rentré chez moi. Tu m’envoies un message : aujourd’hui, j’étais devant l’amant Café. J’ai pensé à toi.





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