mardi 4 octobre 2016

#457

(première partie de l'entretien menée par Noëlle Rollet pour ma résidence numérique ici)

Bar. Encore. Parce-que besoin d'alcool pour lutter contre la crève. Elle est rentrée par le nez est descendue dans la gorge avant de se propager dans la tête. Le courant d'air fait trembler la fièvre qui sommeille encore. Je sens son poids qui peu à peu enlise la force de penser ou faire un geste. Ce n'est pas plus mal. Être fiévreux a parfois un parfum de vacances. Des vacances avec soi même. C'est rare. Si peu de choses me sortent de moi. Ce matin Isabelle a souri dans son sommeil. L'inconscient lui est encore doux. Quoi qu'il lui arrive aussi de se réveiller en sursaut en hurlant. Alors je me baisse pour lui baiser la joue, lui prendre la main. Et elle se rendort dans un autre rêve dont j'ignore tout. Sur le trajet à moto, je n'ai rien vu, rien entendu, encore dans la rémanence des images, des bruits, des silences, des mots du Chant d'acier. (vu avec VPN puisque certains inventent des frontières qui n'existent pas). Avant le demi-litre de bière, j'ai dévoré un Banh Mi à 20 000 dongs, contre le mur de la librairie où le père a acheté il y a des années "Écrire" de Duras traduit en viet. Le livre s'appelle "viết". C'est nuageux, sans pluie, il fait bon s'asseoir ici, mâcher le pain d'oiseau, le gras de porc — chewing-gum animal recouvert de mayo à la coriandre — et regarder avec indifférence passer la ville. Cet instant de paix, de quelques minutes à peine, justifie plus de dix années vécues ici. 



Autre chose ?  Non. Journal repus du moindre déchet.

2 commentaires:

annaj a dit…

ne fréquenter que sa fièvre...je peux comprendre

Luc Comeau-Montasse a dit…

Oui, la maladie (j'en suis à ma troisième semaine de crève, j'entame les anti-vie) c'est comme la fatigue en mieux
ça te force à ralentir le corps, la pensée, le reste (!)
à regarder le paysage et ceux qui l'habitent un peu plus lentement
vivre dans un espace en coton
...en mieux
quand elle nous tient encore vivant.