mardi 11 octobre 2016

#458




... d'ici je ne vois pas la mer. J'entends juste les vagues qui déferlent. La lumière du jour est étrange, d'une blancheur embuée, on dirait celle d'un souvenir. Il n'y a personne. Je suis le seul souffle présent ici. Qui a creusé là un trou aussi profond sur la plage, c'est moi ? ou cet absent qui a oublié sa pelle ? dans le trou, sur le sable humide, deux silhouettes enlacées, dans le trou c'est monsieur M. tenant dans ses bras un vieillard vêtu d'un késa noir. On dirait qu'il le berce. Son visage gris-pierre n'a presque plus de chair, couleur ombre-grise comme la mer que je ne vois pas d'ici, je n'entends même plus les vagues, juste un silence de mer, qui bouge, qui tourne autour de quelque-chose, le corps d'un nom qui flotte, un nom réfugié de guerre, mort de dysenterie, sur une embarcation de misère. Avant de jeter le cadavre par dessus bord, un sans papier aurait volé son identité, par peur des contrôles policiers. Je suis le descendant de cette histoire. Ce nom est le nôtre. Le mien. Je porte le nom d'un mort. Ce soir il parle dans ma tête. J'écoute en moi sa voix hallucinée, j'écris ce qu'elle me murmure d'elle, j'écris peut-être, en ce moment même, de la cage où l'oubli l'a enfermé. Indifférent je prends la pelle, ensevelis monsieur M. et son défunt. Malgré le sable qui leur tombe dessus, ils restent là, immobiles comme des statues



(une bribe de discussion ici)
(un bout d'entretien )

1 commentaire:

annaj a dit…

d'ici, la parole déterrée, ex-haustée monsieur M