lundi 3 octobre 2016

#456



Humeur mauvaise, comme l'haleine. Dans la bouche un goût de sale rêve. Je ne m'en souviens pas. Mais l'oubli ne désamorce rien. À la fenêtre la ville disparait derrière la pluie. Je suis trempé des pieds au moteur. Dans la classe seulement deux étudiants. Peu ont risqué l'aquaplaning juste pour réviser le passé composé. Je les comprends. Moi j'ai besoin de l'argent. Je viens pour pointer. Alors que je répète pour la centième fois Attention à l'accord avec l'auxiliaire être, ne pense qu'à une chose : essorer mes chaussettes. Je sèche à l'air conditionné. Une crève me guette. Déjà le mal de gorge, les doigts de pieds surgelés. Je cherche un peu de chaleur auprès des "two sisters". C'est le nom d'un thé à goût de raisin et de miel. Derrière moi deux types que je croyais japonais parlent un anglais bizarre. Ça parle pluie et business. Après quelques gorgées toujours aussi froid. Et mon palais ne reconnait ni le raisin, ni le miel. Le rêve ressurgit à présent. C'était sur mon balcon. Je m'y battais contre un visage. Et aucun de mes coups ne portaient. Malgré le furieux désir de détruire, mon poing caressait. Une force contraire retenait mon bras. Sentiment de me battre dans l'eau. Ça vient d'où ce rêve ? Probablement de mots retenus, morts de n'avoir jamais été prononcés. La conscience a un jour avalé leurs dépouilles sans jamais les digérer. Je me suis réveillé avec un poids sur le ventre, poids de l'oubli qui dans mon sommeil écrit ses mémoires. Autre chose ? Non, ce sera tout pour aujourd'hui. Ce journal sera désormais une mesure d'hygiène. Juste écrire pour le geste. Le plus simple possible. Tous les textes cette année sont bridés. Il faut les élaguer, ne garder que quelques phrases qui seront les piquets du slalom où laisser ta langue débouler. Retrouver la confiance en l'apparition. Une phrase trop tendue ne tremble plus. Arrête de vouloir bien faire. Retrouve la vitesse du jet, une course qui ne pense à rien. Où sont donc passées tes bouffées d'écritures ? Leur mouvement est ta singularité. Depuis trop longtemps, ton écriture est restée immobile. Quelques exceptions, quand la vie te traverse, qu'un évènement secoue ton être comme un tremblement de terre, une bouffée t'envahit, le délire d'une voix te submerge. C'est ça qu'il faut préserver, même quand la vie n'est qu'enlisement et ennui.

1 commentaire:

brigitte celerier a dit…

puis-je dire humblement que me semble qu'elle est fort belle là, l'écriture