lundi 6 juillet 2015

#326

Vers le fantastique  atelier proposé par François Bon

#1 les peurs



Déjà je tremble. La peur de m'engouffrer dans le noir des phrases dont on ne revient pas. Avant de rentrer, je touche du pouce six fois le bout de ma clé. Sinon un être aimé va mourir à cause moi. C'est juste à côté de l'école, au 77 de la rue du Taur, là où le corps de Saint Saturnin fut trainé à mort. Le portail en bois est immense et lourd comme un secret. Sentiment désagréable d'être mis en demeure de rentrer. Je prends de l'élan, rentre dedans l'épaule en avant tel un taureau traînant derrière lui un martyr. À peine le temps de passer qu'il se referme violemment derrière moi dans un bruit sourd. J'ai froid. L'odeur de pierre me glace le sang. J'entends le pas d'un inconnu descendre de l'escalier. Vite me cacher. J'aperçois une porte en bois brun. Pas de doute, c'est là. Où ? Je crois que je l'ignore encore. Ça ressemble à une grotte au beau milieu de la ville. Peut-être une salle d'attente. Lieu sombre et sans secours où mon nom semble condamné aux oubliettes. Sûr qu'ici personne ne m'entendra. J'entends derrière l'église sonner le glas. La voix de Dieu est terrifiante. Je reste sur mes gardes. Les volets sont clos. Il me faudrait une torche en flammes pour explorer le noir de la pièce. Je n'ai qu'un briquet. La flamme à la main, je découvre des livres poussiéreux, abîmés, des statues de bois en ligne sur une cheminée, des masques accrochés aux murs. Ils me suivent du regard, un regard noir comme un couloir dans la nuit. J'aimerais crier mais je ne peux pas. De ma bouche ne sort qu'un chuchotement inaudible. J'ai peur d'avoir perdu la voix. Alors que je sanglote en silence, j'aperçois devant moi l'ombre d'une présence que je n'avais pas vu rentrer...

1 commentaire:

Bettina a dit…


Se lever le matin et pouvoir revivre le cauchemar d'une nuit troublante!