lundi 9 février 2015

#257


Un jour, tu es apparu, tu as existé, par je ne sais quel terrible hasard. Et mon visage s'est dédoublé. Et ma voix a murmuré dans la nuit le semblant de la tienne. La confusion pronominale fut telle que ce Je qui s'adresse à toi en ce moment même est aujourd'hui celui d'un anonyme...

Je ne suis pas l'auteur de ce livre. C'est toi monsieur M., toi seul qui a écrit cela. Alors comment t'en vouloir de partir sans aucun égard pour moi ? Je pensais naïvement que tu tomberais dans l'oubli, comme un ami perdu de vue. Mais le trou que tu laisses en moi est celui d'un mort. 

Je lève les yeux. La nuit est noire. Elle porte le deuil de notre conversation. La fiction se dissipe vers d'autres cieux. Place au réel. Ta voix d'encre se mêle désormais aux voix humaines, à celles de monsieur H., de madame D., et tant d'autres initiales étouffées, harcelées, molestées, calomniées, menacées, agressées, condamnées... 


... pour avoir écrit.





2 commentaires:

annaj a dit…

vivre après le livre...
se retrouver sans son double.

Luc Comeau-Montasse a dit…

Cette fuite
immobilisée pour un temps
et tout ce réel qui convoque
mais qui n'est pas ... (?)