jeudi 4 septembre 2014

#214


Mon corps et mon esprit ne savent plus dormir la nuit. Je vis de siestes et d'insomnies dans un jour sans commencement ni fin. Je ne regarde même plus ma montre ou mon calendrier. Entretenir mon décalage horaire depuis plus d'une semaine est ma façon de refuser la marche d'un monde que je n'ai jamais su apprivoiser. Je ne rencontre plus personne, croise seulement quelques visages dans la rue, quand je sors manger aux heures les plus improbables au pied de mon immeuble de quinze étages. Aux autres tables, certains se demandent discrètement si je suis d'ici ou d'ailleurs. Puis ils m'oublient aussitôt leur soupe sous le nez et je deviens le fantôme d'un client parmi d'autres... 


Vacances ou pas quelles différences ? Je suis continuellement vacant. Qu'ai-je fait depuis mon retour si ce n'est m'asseoir sur ma chaise d'où j'écoute d'étranges bruits remonter des recoins invisibles de ce quartier. Parfois je penche la tête à la fenêtre, crache un mollard qui s'en va s'écraser dans un bruit imperceptible. Puis je passe le reste de la nuit à regarder les nuances du ciel noir jusqu'à que le soleil ouvre son oeil et l'incendie.

Ébloui, je tire les rideaux et tombe dans un sommeil sans rêve, une mort de quelques heures avant de ressusciter aux heures déjà sombres du jour manqué. J'ai faim. Descends manger au même endroit. Ou ailleurs. Jamais très loin. J'avale mes bols à la vitesse d'un affamé. Une fois repu je remonte m'asseoir à ma fenêtre. Même vue. Même regard cerné sans homme derrière. Parfois je crois attendre que quelque chose se passe, je ne sais quoi, que les étoiles tombent et se confondent avec les points de lumière de la ville... Et puis rien. 

Je ne m'ennuie jamais de m'ennuyer.



L'insomnie offre des ciels aussi majestueux qu'inutiles. En les regardant chaque matin, je me dis que je dois être à ce moment précis le seul être sur cette terre à accompagner la nuit jusqu'au bout de son obscurité, le seul qui ose se jeter dans le vide d'un emploi du temps à tuer...




1 commentaire:

brigitte celerier a dit…

je pense que nous sommes plusieurs à le croire
alors chaque fois c'est vrai