mercredi 3 septembre 2014

#213



Ce matin, le vent du nord est venu déposer un courrier derrière le volet bleu de ma boîte aux lettres vide à craquer. J'ai pris peur n'étant plus du tout préparé à recevoir chez moi les mots des autres, quel qu'ils soient. Je n'ai même pas osé ouvrir l'envelloppe préférant la poser sur ces bouts de bois morts. Je suis resté assis devant elle des heures durant, la main sur un oeil, regardant comme un borgne le possible d'une amitié à l'horizon.


Sans même lire le message, je sais que son auteur est le vieux Cosaque des frontières. La légende dit qu'il jette ses lettres à sa fenêtre les jours de grand vent et qu'elles arrivent toujours à destination. Il désire me rencontrer. Inquiet à l'idée même de révéler mon visage (mon plus grand secret), j'essaie d'anticiper le malaise de ma main serrant la sienne, les paroles embarrassées et vaines qu'il faudrait forcer pour briser le silence de deux écritures devenues de vulgaires hommes assis l'un en face de l'autre. Non sans amertume, ma nature me forcera à refuser cette invitation. 

Je ne suis capable de rencontre que par l'écriture uniquement. Si j'écris, c'est aussi par impossibilité de rencontrer par le corps les personnes que j'estime.




3 commentaires:

brigitte celerier a dit…

pensais la même chose, mais pas pu faire autrement que céder, et ma foi ce fut agréable

Dominique Hasselmann a dit…

Il faut savoir (ou pouvoir) prendre ou refuser les invitations "à la lettre".

Luc Comeau-Montasse a dit…

Quitter le statut d'ange
(désincarné et libre d'aller où il le souhaite
par le chemin le plus court qu'il soit : la pensée)
n'est pas facile.

Ce n'est pas non plus courageux
(si ce n'était que cela, il y a assez de défis ailleurs)

C'est un renversement total
de l'être et de ce qui le contient
il procure un plaisir immense
à être consommé de loin en loin.