vendredi 6 décembre 2013

aval



#1


et dans son rêve il n'y a plus de rêves
sans poussière


#2


Le fleuve aussi s'acharne à se maintenir, tente d'envahir les vues, colonise les cadres – je défonce les berges, j'attends qu'il m'atteigne, charrie tous les corps rêvant des flots, du mal – d'une colle bonne à sniffer. J'attends de parler, d'avoir assez d'images sur la langue, le palais – pour cracher. Je les ai dans la gorge, j'ai toutes les routes, elles continueront à se défaire, à se vicier. Je n'aurai plus qu'à les lâcher.


#3


il doit
se souvenir de sa bouche, de sa voix
il doit se rappeler
sa langue


#4


Je ne sais plus à qui l'on parle, ici, à qui l'on jette nos rebuts. La ville ne cache plus aucun fleuve – j'y lançais les ordures de ma langue, les trésors. Il n'y a plus un lieu pour les cris, l'achèvement, la perte. Au sol la poussière n'est plus que le calme, ce vieux conte. J'attends que la pluie nous parvienne, lave la langue et le palais, qu'une maladie nous détienne. Peut-être qu'elle m'interdise toute parole. On en a vu des épouvantes nous offrir d'affronter.


#5


tout autour des langues de poussière
disent qu'une ville les recouvre
qu'une ville
les tait


#6


Il n'y a qu'à céder, se dessaisir, se taire, il n'y a qu'à construire, jusqu'à être compris, jusqu'à le croire. J'archive les corps, les langues – les plaintes. Je ne leur dois rien, pas même une tombe ou la poussière. Tant que la confusion demeure, la bouillie, tant qu'au-dedans des désordres fermentent.


A.




Un jour, l'apatride m'a dit ceci:

Lire se doit d'être... un acte d'estime, une amitié de confiance et de confidences.
Écrire relève... d'un acte de chair, d'une intimité esseulée de silences et solitudes.

C'est certainement ce que j'ai ressenti à la lecture et l'écriture de ce vase si essentiel pour mon travail (et au-delà). Vase qui parfois fut troublé d'un étrange sentiment, comme si lire l'inconnu chez moi relevait aussi d'un acte de chair... et écrire chez lui d'un acte d'estime et de confiance.

Les espaces qu'ont été mettre au secret et s'éclipser, sont habités d'une même voix anonyme, anonyme "Je" si élagué qu'il semble tenir lieu de tiers. Ainsi la place y est considérable pour le lecteur... et son saisissement sans fin. Chaque mot posé est dénué de tout babillage, de tout opportunisme aussi. Rien y est esthétisant. Écriture hors du temps qui passe. Pleine de nuit. Qui jamais ne commence ni ne finit. Écriture à jamais inachevée, comme traduite du silence (comme l'écrivait Edmond Jabès), silence trahi au prix d'une exigence extrême touchant à l'intimité universelle de chaque lecteur posant les yeux sur ce travail admirable... et nécessaire.

Aujourd'hui, vous pouvez retrouver le travail de A. sur son nouvel espace, les saignées

Mon texte "et monsieur M. est parti" chez lui ici


La liste complète des participants aux échanges est établie par Brigitte Célérier. (sans qui les vases ne seraient pas les vases...)
François Bon Tiers Livre et Jérôme Denis Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de vases communicants: Le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. 




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