vendredi 14 juin 2013

#66



Il est certain que monsieur M. était moins méprisable auparavant. Ce n’est pas qu'il ait changé, bien au contraire. Il est resté identique à lui-même. Je lutte contre mon dédain, je tente de bon cœur de préserver le peu d'affection qu'il me reste, je bois, je fume, ne dis pas un mot et puis, une fois seul, dans l'après coup du désastre d'une soirée en sa compagnie, je suis rongé par le remords de lui avoir tu mon mépris. Je m’abstiendrai ici de lui jeter la pierre, d'en faire le bouc-émissaire de mon humeur envenimée mais c’est simplement qu’avec les années, il s'est en quelque sorte épanoui dans ce que j’ai toujours haï en lui. L’exaltation des premières rencontres prend une toute autre tournure une fois périmée. La bouche jadis pleine de connivences masturbatoires garde, avec l’habitude, un arrière-goût désagréable, celui de la semence stérile et sèche du passé, passé dont je force encore la nostalgie pour vainement tenter de le supporter aujourd'hui.



J'écris : désirer rompre avec monsieur M.


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