dimanche 2 juin 2013

#60




Monsieur M. prétend répondre, sans aucune certitude certes, mais répondre sans poser aucune question. 
Afin d'obliger l'autre à prendre position. Ici son rapport au monde de l'autre est une inévitable confrontation.
Monsieur M. ne croit pas à un monde. Il croit aux mondes.
Chacun son monde. Sa voix. Sa fiction. Son propre rapport aux arbres, aux animaux, à l'autre qui est tout sauf un semblable. Il suffit de se lire les uns les autres pour constater que nous sommes tous, structurellement, d'une nature si différente...
Monsieur M. dit que chaque individu est une espèce dans l'espèce.
Monsieur M. est peut-être trop résigné (trop lâche aussi) pour croire en une possible conciliation.
Il pense que les mondes de chacun ont un seul et unique point commun : ils portent tous une guerre en eux.
Il dit incertain que nous ne sommes que malentendus, multitude de points de vue contradictoires, de voix intérieures tentant vainement de formuler, d'une façon ou d'une autre, l'incommunicable...
Monsieur M. ne pense pas que le langage soit fait pour nous "permettre" de dire le monde.
Il dit que le langage est le monde, le monde est signifiant, il dit que n'avons pas d'autre choix que de le subir... et qu'il y a quelque-chose de tragique à cela...
Il dit que nous ne décidons de rien, qu'il n'y a aucune solution face à ce subissement. Au fond, nous ne ferions que passer dans l'existence avec notre monde, celui de chaque homme échoué dans le langage.

Et puis, il y a 58 minutes à peine, quelques mots de l'apatride déposés dans ma boite aux lettres :

...elle est...il est...nous sommes...vous êtes...ils sont...elles sont...
tous, toutes et tout...sont structurés comme un langage...personne n'en est épargné, nul n'y échappe à ce soubassement d'être ce subissement subi subitement dès que chacun tombe dans ce monde... 



J'écris : couleurs de nulle part.






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