jeudi 3 août 2017

#539



ce soir un banc vide m' invite à m'asseoir, je ne peux m'empêcher de laisser jaillir la parole, confier à la ville le délire d'exister en elle, à voix haute, aussi misérablement humain soit-il, se donner le droit de hurler dans la rue sa folie pour ne pas devenir fou, défier la ville en lui adressant directement la parole, filmer le visage de ma voix, filmer le ressentiment qui la traverse, quand seul face aux tours de verre illuminées, je lutte avec des mots contre le bruit de fond, le bruit du fond de l'être. Toujours mal à l’aise avec cette tenace impression de n’être personne, de n’exister que de mots, que le reste n’existe pas quand j’écris. Ce n’est pas là une posture. Mais un constat. Je ne suis pas ce que j’écris. Je reconnais dans le courant d’air une vague odeur de mensonge...


l’écriture comme substance réflexive, certes, mais pas au détriment de sa nature artistique, artisanale. Le mot est matière avant d’être discours. Avant tout sonorité, nu comme un vers luisant dans la lumière, celle qui traverse le rideau tiré, dévoilant les contours d’une silhouette dans le noir. Sa présence est sans genre certain. Même sa pronomination est vague, elle pourrait prendre voix dans tous les pronoms personnels à la fois. Souvent lourde, grammaticalement erronée, l’handicapée entre sur scène, personnage de bègue qui en prenant la parole pour la première fois, prend conscience qu’il n’a jamais été bègue. Il débite son phrasé à une allure si rapide qu’il faudrait lire lentement ce qu’il dit pour pouvoir saisir quelque-chose. Il n’est plus qu’un flux de voix inaudible aux oreilles du dernier spectateur déjà parti. Lui continue de parler à la ville devenue dans son théâtre vide, dispersé dans plusieurs langues, autant d’identités qui parlent l’une après l’autre, et dont les voix finissent par fusionner en musique…



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