mercredi 16 août 2017

#543


si tu n’écrivais pas tu ne ferais pas grand-chose, enfin pas grand-chose... une chose tout de même, mais pas plus importante qu’une autre... être, certes, mais à la mesure des choses, n’être pas plus pas moins que l’arbre sur le trottoir, ses pavés défoncés foulés par mon pas. Peu importe où mène la promenade, elle est chose vécue, à cet instant, sur le fil du temps suspendu que tu soupçonnes de ne plus passer, comme tu soupçonnes parfois l’autre endormi de ne plus respirer... regarde-toi : tu ne peux t’empêcher, malgré ta certitude, de te pencher sur le visage de l’autre allongé pour entendre son souffle, t’assurer qu’il vit encore… alors ? est-il vivant ? 


à force d’écrire autant dans le vide, le vide derrière la fenêtre, dans le regard des hommes seuls, broyant du noir sous leur casquette, dans leur costume de travail, l'écriture est devenue un sens. Pas sens dans le sens d’une direction à prendre, juste un sens parmi les cinq autres... mais tu n’as pas entièrement tort, sens dans le sens de direction aussi, puisqu’un sens, quelqu’il soit, influe sur les chemins choisis. Donc un sens stimulé est aussi un chemin pris par la conscience. Tu as parfois le sentiment de « dériver » dans la ville, mais ce sont bien tes sens qui t’ont mené à ton insu quelque-part. Chaque jour je rentre dans la ville comme on ouvre un livre au hasard. Quelque soit la page sur laquelle je tombe, il s’agit toujours de la première


l’écriture, silhouette anonyme, erre sans destination mais sait à ton insu où elle va et ce qu’elle ramasse en toi


je fais beaucoup de fautes de frappe, je ne sais plus ce que je vois, rien je suis entre le clavier et la phrase qui défile sous mes yeux, son flux se dessine mais je ne vois même pas les mots ! mes yeux fixent ce point entre le clavier et la phrase qui apparait. je tape sur le clavier tactile, j’aperçois mes doigts qui frappent sur l’écran comme on trace des lettres qui aussitôt disparaissent sous l’eau. Je suis aussi du toucher qui palpite, dans un état particulier, dont je ne peux discerner la nature, s'agit-il de concentration ou de distraction ? Oui je suis ce personnage aussi distrait qu’extrêmement concentré, concentré sur une perte. Pas certain qu’il s’agisse d’une perte de temps


… je croise des visages à qui je dis bonjour depuis deux ans, rien de plus, deux ans ! Parfois Salut. Mais le plus souvent, bonjour. Parfois un sourire aussi. Pourtant je reconnaitrais l’allure de mon collègue du mardi matin entre mille. Elle n'a rien de particulier, mais je la reconnaitrai comme celle de mon propre enfant. Isabelle, tu as une allure désormais, une voix, une demande si agréable, si peu de caprices, on te laisse pourtant si seule, physiquement épuisés, absent, se sentir difficilement à la hauteur, parfois… on s’accroche… je ne décrocherai pas. Je suis là. Bien planté dans ta vie, et tel un arbre, je compte rester là pour longtemps. Pas un arbre numéroté du district 7 qu’on ne fait que déraciner et replanter ailleurs, mais un arbre dans un lieu perdu, à la campagne. On ira ensemble un jour, rencontrer le Frêne. J’espère qu’il ne tombera pas avant ta venue


la pluie tombe avec fracas. Le bitume criblé de gouttes ressemble à de l’eau qui bout. Les chaises vides en plastique rouge m’invitent à m’asseoir à l’intérieur. Noix de coco sur la table, iPad ouvert sur la ville et ses silhouettes abritées, j’écris le parapluie avant qu’il ne se referme


    enfance filante...


Aucun commentaire: