mardi 29 août 2017

#547


l’averse apaise l’humeur, elle fait taire un instant la constante rumeur en moi, le doute qui m’habite. Un petit quart d’heure de pluie vient me sauver, un quart d’heure hors du temps qui passe où je regarde la pluie tomber


je suis un regard qui concentre toute son attention sur une silhouette en particulier. Cinq longues minutes après, je tourne la tête et me concentre sur une autre, l’objectif passe d’une scène à l’autre comme on tourne une page


j’ai raté ton visage, pas ta main sur la poignée, te reverrai-je, enfant trapue en jogging blanc bleu-marine, celui de l’école publique. Je devine à tes aises que c’est chez toi à gauche hors du cadre, derrière le mur délavé par la pluie. La fenêtre laissée ouverte sur la cour n’est-elle pas celle de ta chambre ?


l’escalier monte à l’infini. Selon les voisins il y aurait eu quelqu’un, un jour qui serait arrivé jusqu’au toit. Il y aurait découvert un clan de chats et serait devenu un des leurs. 


une table, une chaise, juste à côté de la porte d’entrée, lieu de passage, derrière c’est le palier. J’ai choisi cette place, pour sa position en retrait, oui, les places discrètes me sont par nature réservées


je bois un thé qui a goût de pluie
elle est mauve
bruine tendrement sur les visages
les vêtements


fraîche et venteuse
la pluie mauve du mois d’août lave de la moiteur
au cœur d’une matinée comme une autre 
à l’abri sur un balcon étroit comme une phrase
où les portes chantent des refrains
balcon d’où je vois des hommes costumés en cage


je bois une purple rain et un fleuve déborde de moi
le bouillon boueux se mélange à l’étrange violet
je trempe moteur et pied dans la bouche d’égout bouchée
puis égoutte ma cape de pluie avant de rentrer


je bois un thé qui a goût de pluie et je suis triste
d’ennui je plante un clou dans le mur contre lequel je m’appuie
derrière lequel je me cache
cherche à m’infiltrer dans la fissure autour du clou planté là 
à côté de la fenêtre 
vue sur l’escalier qui monte


derrière je sens la lumière de l’absent
dont l’invisible regard est poids sur les épaules
soupçon dans le dos
il est là
assis à la place du vide
il m’attend comme une autre conscience


—  je suis le nom d’une fiction à venir dit la ville l’œil embué de passé


puis l’éclaircie sur l’absent toujours à sa place


dans le trou des lettres manquantes


1 commentaire:

Dominique Hasselmann a dit…

excellentes photos (et idées induites)....................................