mercredi 20 mai 2015

#310


T. est sortie. Tu réalises que c'est la première fois que tu te retrouves seul ici, dans le nouvel appartement. C'est pareil qu'ailleurs. Peu importe la vue, la couleur des murs. Tu es en toi. Tout le temps. De toi jamais tu n'arrives à déménager. Tu aperçois ton reflet dans la vitre. En fond une nouvelle constellation de la ville. Celle du fleuve aussi. Des lumières jaunes, vertes, rouges qui lentement voguent vers un destin que tu ignores.

*
Ce journal est un prétexte pour écrire régulièrement, peu importe quoi. Ce journal ne pense pas. Il fait. Il est un acte avant tout. Ne reste plus des mois immobile à penser ce qui n'écrit plus. Au contraire, nourris ce journal de ta surdité, de ton impuissance à ouvrir le lieu d'un autre livre. Surtout ne t'interdis rien. Ne laisse pas la honte te paralyser, même lorsque les jours se racontent, malgré leur vacuité. Du vide va au hasard, du hasard à la chance... ou à la chute. Jette la phrase comme un dé, joue, sérieux, sage comme un enfant en guerre contre l'ennui. Prends des notes. Tape des mots, des sons. Prends des photos inutiles. Écris. Sans psychologie, sans nostalgie de pays ni d'enfance ni de philosophie perdues, ni souffrance du beau du laid... Écris ton écriture. Rien d'autre.

*

Tu l'entends encore... amer de ne plus savoir éclater de rire.



2 commentaires:

Luc Comeau-Montasse a dit…

"Écris ton écriture. Rien d'autre..."
[elle dit bien plus que tes mots.]
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Les pages ici
me nourrissent
de ces reflets
dans la vitre
et dans les mots

Dominique Hasselmann a dit…

nocturne avec rideau blanc