lundi 4 mai 2015

#304



Dès les premiers mots, un doute te paralyse les doigts. Chaque début de phrase est tremblant comme le pas d'un enfant dans le noir, pétrifié à l'idée même de t'enfoncer plus loin dans la phrase. Parce-ce que tu ignores encore où l'écriture va te mener. Sentiment de te jeter à la mer, sans autre but que de dériver. Parfois, quand la chance est de ton côté, le hasard échoue sur une plage déserte et anonyme. Le lieu est vierge. Du sable et de l'eau salée, rien d'autre. 
Ce soir la plage est la première page d'une sorte de journal. Il s'ouvre ici, de lui-même, à la deuxième personne. Probablement un reste de monsieur M. Où mène un premier livre ? À un pronom peut-être... 

Le tutoiement a longtemps été pour toi synonyme de viol, viol de la distance que tu voulais à tout prix garder avec les autres. Encore aujourd'hui, Tu te met mal à l'aise. Dans l'écriture, Tu est encore trouble. Tu ne sait ni d'où il parle, ni à qui il s'adresse. Au lecteur. À toi. Toi qui te tais, qui écris de la voix en ce moment même. Toi qui frappes sur des lettres à l'aube, le jour de ton anniversaire. Quel âge as-tu? L'âge de ta résurrection. 33 ans. Environ 289 271 heures. 17 356 309 minutes. Tu ne sais combien de milliards de secondes. À quoi bon faire le compte ?

Regarde : tu n'as pas changé. La nature ne te vieillit pas les traits. Prisonnier d'un âge qui n'est plus le tien. On te donnerait la vingtaine à peine. Ce matin, à l'aube, tu auscultes dans le miroir ton masque de vieux gamin, tentes d'y déceler ce qui le trahit. Quelque chose sonne faux. Ton visage te dupe. Il dupe aussi le monde entier. Fait mentir la nature, les chiffres qui s'accumulent. Oui, ton visage défie le temps. Et pour l'instant, tu gagnes la partie... 


... mais pour combien de temps encore ?




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