mercredi 30 novembre 2016

#479

aujourd'hui, je travaille ce passage du livre en cours :

Tu me prends les yeux dans le sac : je suis bien en train de te voler le visage. J'évite de croiser ton regard, même dans l'écran. Je me cache derrière le casque du Xe Ôm. Les deux mains fermes sur le vieil Iphone, je ne me préoccupe que du cadre, rien d'autre. Je suis gêné d'oser te prendre d'aussi près. Pas de voyeurisme dans mon geste. Je te prends au même titre qu'un poteau ou un mur... tu n'étais pas supposé être le sujet de la photo. 


J'ai rencontré ton visage deux heures après, en consultant les photos prises à la volée du trajet. Tu m'as d'abord épouvanté de beauté. As-tu posé pour être aussi parfait ? Ton air vierge et sage ne m'éveille aucun personnage. Toute fiction te souillerait. Toi et la ville êtes de la même couleur de peau. J'avance à moto dans le noir. Je te suis dans la ruelle de deux mètres de large, te mitraille de photos pour forcer le hasard. Sur dix photos de toi, une seule porte ton regard. Il regarde. Non dans l'objectif. Mais droit dans les yeux. Son éclat me désarme. 



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