mardi 8 novembre 2016

#471


Cette terrasse est mon perchoir, parce-que je m'y sens comme un oiseau bien tranquille dans sa cage, une cage où la porte est ouverte, une sorte de refuge pour quelques minutes, quelques heures, où poser ses pattes et écouter le bruit de la ville qui remonte, je ne me penche même pas pour la regarder, l'entendre me suffit


d'habitude je fais face à la fenêtre mais aujourd'hui je fais face à mon reflet dans la vitre de la terrasse. Je tourne le dos à la fenêtre ouverte sur la ville. Sur mon visage une carte des thé du Vietnam. Le reflet des arbres dans l'écran de l'ipad ne me gène pas pour écrire. Bien au contraire, j'aime  l'idée de ne plus écrire sur une feuille blanche mais directement à même la peau de la ville. J'écris sur les bouts de la façade d'en face, sur ses stores tirés, j'écris dans le bruit des moteurs, peu de voix, si ce n'est celle enregistrée de la vendeuse de bánh mì, des Klaxons, elle fait des tours, fais des cercles autour des immeubles, sa voix s'éloigne vers un autre quartier, j'entends à nouveau les voitures, les mobylettes, des coups d'accélérateur, de Klaxons encore, puis rien d'autre, presque rien, un ou deux moteurs, j'entends la musique de fond d'un magasin en bas, j'entends aussi le chant des oiseaux, la brise dans le feuillage, puis les moteurs reviennent, couvrent de leur puissance le léger silence qui s'était installé. 


Comme le silence est rare et fragile... pas un endroit où échapper au bruit des chantiers, des machines, des hommes, même la nuit, dans la chambre, il reste le bruit du climatiseur... Soudain coups de freins rouillés, peut-être ceux d'un vieux cyclo, les Klaxons, encore, répétés, quelqu'un gêne le passage, je suis là à la table et j'écoute la ville jusqu'à m'absenter complètement, je suis à cet instant le bruit de la ville en moi, rien d'autre... de l'homme ne reste que ses sens. J'ai déserté ma pensée. Le vent souffle sur mes cheveux comme sur les feuilles des arbres, quelques cendres s'envolent du cendrier, le briquet noir à côté reste immobile, ma tasse attend que je verse mon thé. Je suis cette table là. Celle où je pose mon ipad tous les jours, celle où j'écris l'inutile.


1 commentaire:

Octave a dit…

La dernière photo fonctionne comme votre "autoportrait en peau de ville".