samedi 26 septembre 2015

#361


le rideau s'ouvre...


Le chien que tu n'as pas te réveille en léchant ta main droite qui pendait du lit. Petite tape sur le museau : Casse-toi putain ! La bête imaginaire disparaît en couinant... Peu importe de quel pied, c'est toujours du mauvais que tu te lèves. Trois jours que tu ne dors que quelques heures par nuit. La guerre qui t'habite n'a même plus le temps d'éclater dans l'espace de tes rêves, tous interrompus en court de route par la sonnerie du réveil-matin. Sans sommeil, le temps ne passe plus. Malgré l'aube, rien ne commence. Le nom des jours, les dates ne te dupent plus. L'existence ne fait que continuer. Faire chauffer de l'eau dans la bouilloire, prendre la tasse, plonger le sachet de thé... le moindre geste devient absurde et presque insurmontable. Seul se défenestrer aurait du sens. Mais as-tu encore le droit, père en devenir, de penser le suicide comme porte de sortie ? Sans ce possible, comment ne pas basculer dans la folie ? Rassure-toi, tout chemin s'arrête un jour. Tu as foi en la mort. Elle est un espoir de repos auquel tu t'attaches chaque jour pour supporter de vivre. Même si un doute subsiste, te plonge dans une angoisse vertigineuse : et si la mort n'était qu'une "poudre de perlimpinpin..."


Artaud : "Ne vous laissez plus aller au cercueil, ne vous laissez pas mettre dans un cercueil.
On croit qu’avec la mort c’est fini mais c’est là au contraire que ça commence. Refusez à tout prix par tous les moyens à toute force de devenir un jour enterrés, d’être le corps d’un prédestiné enterré.
La mort est comme le reste un envoûtement. Qu’est-ce qu’un envoûtement ?
Une prière,
un mamtram dans les canaux de l’air qui recharge les canaux de l’air,
habitacle sans habitacle l’air est plein de mamtram
qui le modèle depuis l’opacité du temps, la mort comme le reste n’est qu’une poudre de perlimpinpin,
une attrape pour les gogos.
C’est ce qu’on apprend aux enfants qui viennent vivre et ils voient tellement de gens y croire qu’ils y croient.
Ceux qui ont repris conscience d’eux et ont voulu lutter contre le fait ne sont pas morts, ils ont été assassinés, rien comme un suicidé pendu entre autres pour être un authentique assassiné.
Détachez-vous de cette prédestination qui marque le corps de tout homme né, on ne meurt que parce qu’on se croit mortel, parce que les institutions faites par les hommes ont fait croire aux hommes qu’ils étaient mortels."

T. se lève une heure après. Son haleine sèche te souffle au visage le récit de son dernier rêve : j'ai rêvé que nous étions trois dans le lit. Moi, toi qui me prenais dans tes bras, et un autre homme derrière toi qui nous regardait. L'homme derrière l'homme que tu es, n'est-ce pas celui en train d'écrire ces lignes en ce moment même, ton interlocuteur qui, à chaque instant, regarde la vie se dérouler sous ses yeux, impuissant, absent, des évènements, des sentiments éprouvés, des heures qui lui sont comptées.

JT : le Pape accueilli comme une rockstar sur la 5ème avenue. Sur les images qui défilent, une mère tend en larmes sa fille à Sa Sainteté. Il prend l'enfant dans ses bras puis s'éloigne pour en bénir un autre. La petite fille semble complètement indifférente à ce qu'il vient de lui arriver. La mère lui montre à nouveau du doigt le pape, l'air de dire : rends-toi compte ! C'est le Pape qui vient de t'embrasser ! Le pape ! Rien à faire, l'attention de l'enfant est ailleurs, loin de ce monde de croyants...



15 heures 02, au café, après un déjeuner bon marché qui te reste sur l'estomac : un homme obèse fait son entrée. Il marche mal, retient l'attention de tous les autres clients. On se retourne sur lui. Derrière son passage, un serveur court même vers ses collègues au bar, pour leur montrer le monstre du doigt. On n'a même pas la politesse de se moquer discrètement de lui, on fait ça au grand jour. On suppose qu'il ne comprend pas le vietnamien, alors on rit, s'offusque à haute voix qu'un homme puisse se laisser aller à ce point, comme si son état était une insulte au genre humain. Une fille va même jusqu'à le prendre en photo dans son dos. Lui ne semble pas dupe. La tête haute, il continue son chemin jusqu'à sa table... ridicule et digne. Il commande un sandwich. Mange à petite bouchée sous l'anathème de la salle. La rumeur n'a aucun répit pour sa solitude. 



Le passage aux toilettes est incessant. Tu sens d'ici les sueurs intimes, l'urine concentrée des connes d'à côté déshydratées par tant de messes basses grossières. Il y a une douche dans les toilettes. Elles devraient s'en servir, récurer comme il se doit la truie qui dégouline par tous les pores de leur peau.


*parution d'un article de Noëlle Rollet autour de monsieur M. Sincères remerciements pour la pertinence de sa lecture...


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