mardi 1 septembre 2015

#353


Dans ton coin, assis sur ton fauteuil bleu de la médiathèque, tu décèles sur les visages adultes le reste d'enfance qu'ils conservent. Si tu te concentres bien, ils rajeunissent, rétrécissent sous tes yeux. Il y a en revanche des visages qui restent figés dans leur âge. Chez eux l'enfance a totalement disparu. Avaient-ils enfant déjà une tête d'adulte ? Ont-ils eu une enfance ? L'âge les a t-ils ravagés à ce point ?
*
Tu es le genre d'individu qu'on oublie facilement. Quand on te croise, on te salue furtivement d'un geste de la main, un peu gêné, car on ne se souvient jamais de ton nom. Tu es voué à demeurer l'anonyme passant croisé aussitôt oublié. Éphémère tel un billet de blog.

Quand on te reconnait, une fois mis en demeure de parler à quelqu'un, tu ne sais plus d'où vient ta voix, à qui elle appartient. Tu en es absent. Son étrangeté crée un malaise chaque fois que les rares personnes avec qui tu échanges brièvement quelques mots entendent, dès ta première parole, ta voix désaccordée. 

— Je parle faux. Vous entendez ma voix ? Elle leur fait peur.
— Oui
— De qui est elle ?

India song, Duras

Tu ne cherches pas à faire peur, ni même à mettre mal à l'aise. Tu incarnes malgré toi l'indifférence, l'impersonnalité, à tel point qu'on ne peut rien présumer de toi. Pourtant, au fond, tu désires tant redevenir une personne. Être père t'aidera t'il à t'extirper de cette errance identitaire ?

*

plus tard, au café... rien de rien


si ce n'est l'aller retour d'un regard



Aucun commentaire: