mardi 22 septembre 2015

#360

Et un jour vient où il t'affrontera sans que tu saches pourquoi, alors que pour une fois tu n'as fait aucune déclaration de guerre à ton semblable, il t'affrontera pour faire mourir l'enfant qu'il est, dans cette incroyable farce que devenir un adulte serait sortir d'un miroir aux semblables par un mirage aux alouettes où le temps se mettra à pleurer et compter les années... et il n'y aura plus que des enfants morts d'une croyance d'envie et d'espoir.

Une fois de plus entre le miroir et toi 
Il y a désormais ces yeux d'enfants morts
... 
Un jour vient que rien n'est plus qu'un récit 
Rien ne fut rien n'est comme on le raconte 
On construit de mots la chair du passé 
Aux poignets des gens ont gelé leurs montres 

Aragon





Et il ne restera que des enfants pour partir en croyants d'une découverte du monde, leur temps congelé sera aux services de ces générations de nulle part, tels des nuages qui se déchirent entre eux. Fuis! Fuis donc si tu veux le protéger car à peine né, émigré par monts et par vaux, il sera la guerre prochaine. Nous sommes tous migrants devenus apatrides. Partout il n'y a plus de frontières: plus de répit, plus d'éternité. Il n'y a que les enfants qui meurent.

Tant de gens partis de partout pour nulle part 
Trop tôt ou trop tard 
Tant de gens perdus 
Tant de boîtes vides 
Dieu sait où qui rôdent 
Comme des pensées 
La mer et le vent 
Souviens-toi d'avant 
Ce voyage d'îles 
Avant ou après 
Bateaux sans agrès 
Voiles indociles 

 Aragon (Les Adieux) 



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