samedi 5 septembre 2015

#355


Vers le fantastique  atelier proposé par François Bon


#6 juste avant, tout juste


La lumière du jour disparait dans le hall d'entrée du vieil immeuble. Le bruit de la ville et des hommes est derrière moi. Vieil ascenseur qui ne fonctionne plus. L'immense escalier m'invite à monter. Mon pas résonne, l'écho donne le sentiment qu'un autre pas le précède. Des sacs plastiques jonchent le sol carrelé. Ça sent l'encens, la viande tiède, l'héroïne et la pisse de chat. Ce n'est pourtant pas un squat. Des gens habitent là. Au loin leurs voix : un nom scandé, un rire bref, les pleurs d'un bébé... bribes de paroles qui à peine entendues se dissipent en silence dans ce labyrinthe de couloirs sombres. Je m'enfonce un peu plus dans l'inconnu, passe devant des pupitres en bazar, ruines d'une école échouée qui n'a pour élèves que quelques fantômes. Je croise le regard méfiant des portes, chacune si différente : porte disparue, porte bleu-ciel cadenassée, porte en faux bois défoncée, porte à la petite boîte aux lettres verte, porte surveillée par l'esprit des morts, porte tricolore aux bicyclettes garées devant, porte blanche entrouverte d'où s'échappe une chanson, porte beige qu'on ferme à double tour derrière mon passage... Sur chacune d'entre elles, un numéro. Comme à l'hôtel. Sauf qu'ici, les numéros sont dans le désordre. On passe du 23 au 57. La logique de ce lieu m'échappe. Je tourne à gauche : la lumière du jour déchire l'obscurité du couloir en deux. J'arrive sur un autre escalier. Bien plus étroit. Dehors. Ce sont les coursives intérieures de l'immeuble. La ville est de l'autre côté, à peine audible. Partout barreaux et grillages. Par endroit troués. Comme si certains avaient cherché à s'échapper. Je monte, suis les compteurs et fils électriques, lianes de plastique noir emmêlées aux racines d'un jeune arbre. La nature semble reprend ses droits sur les murs bâtis par les hommes, vieux murs jaunes pâles fissurés, par endroits verts et dévorés par l'eau. Seule trace de vie humaine : le reste d'un amour, un nom qui en aime un autre gravé sur un mur. Et juste à côté, une corde que le vent fait balancer.






1 commentaire:

brigitte celerier a dit…

encore plus en gloire qu'ici les câbles