mardi 30 juin 2015

#322


Assis devant la page blanche d'une nouvelle nuit échouée, dans le courant d'air d'un bar entre deux shopping mall. Ça s'appelle Time Square. Ça joue du Miles, du Piaf, une reprise improbable d'il n'y a pas d'amour heureux. Le mur derrière est tapissé d'une publicité pour une marque de luxe. Le mur d'en face, criblé d'une demie douzaine de télé surplombant les bouteilles d'alcool en tout genre. Un lieu comme un autre pour écrire à l'abri de la tornade. 


Pourquoi ne te contrains-tu pas plus ? Sois plus assidu. Ce journal est paresseux. Écris. Même si chaque billet ne fait qu'une phrase. Même si cette phrase est inachevée, à peine commencée, amputée de moitié. La voix dans ta tête parle si vite. Accepte de ne noter que des bribes, des restes. Ignore leurs incohérences, leur manque de lisibilité. Apprends à te contenter de fragments. De miettes.


Le journal bavarde. Avec qui ? Là est peut-être son interêt : chercher à savoir à qui tu t'adresses. Le publier en ligne ne dissipe pas le trouble autour de cette question. Te souviens-tu de l'ivrogne de la rue Bến Vân Dồn qui parlait tout seul ? Des relents du Van Gogh d'Artaud te reviennent:


Aujourd'hui, après un litre cinq de Draught Krombacher, tu te sens proche de lui. Certes, il était sur un trottoir, buvait de la vodka en petite bouteille plastique, mangeait à même le sol une boite de cơm tấm offerte par des voisins charitables. Toi tu es assis dans un bar hors de prix en plein centre ville. Certes il parlait tout seul, toi tu écris. Certes, vous n'avez ni le même âge, ni la même langue, ni la même destinée... et pourtant, il y a quelque chose qui vous fait frère : boire et parler seul en plein après midi. Enfin seul... En es tu vraiment certain ? Non, tu ne délires pas. Regarde-le. Regarde-le bien. Il semble voir celui à qui il s'adresse. Toi tu ne le vois peut-être pas, mais tu sens sa présence alors même que tu écris ces lignes...




2 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Le bar est propice à l'écriture (quelques mots, quelques magots)...

Bettina a dit…


On est jamais seule, quand on est a
vec soi