vendredi 19 juin 2015

#318


Ce soir, tu as besoin de lire Michaux ailleurs que dans un livre, que Michaux puisse être autre part, sur le net, toute l'oeuvre, disponible, là, tout de suite ! Est-ce un crime que de le demander ? Ça veut dire que tu es un ennemi du livre ? Que tu n'as rien compris à la littérature ? Que tu veux la détruire ? Ça veut dire que tu ne fais pas parti de ceux auxquels Michaux appartient ? À qui appartient-il ? À une maison d'édition ? À une famille ? Il appartient en tout cas à un de ceux qui te prive en cet instant même de Michaux sur le net. Est-ce si incompréhensible, ce besoin de feuilleter en pages web Misérable Miracle ? Il te faut Michaux, disponible, là, tout de suite, un click : le texte sur la mescaline. Tu l'as sur papier. Juste à côté de ta jambe. Il ne te quitte plus depuis hier. Tu ne cesses de le relire, un passage en particulier qui t'obsède. Ce qu'il écrit de cette ligne qu'il devient... 


Mais le papier ne suffit pas ce soir. Tu veux lire Michaux autrement, sur l'écran de l'ipad, pour pouvoir le travailler dans le noir, sur ton lit, lieu où tu lis et écris la plupart du temps. La posture peut paraître paresseuse, c'est pourtant celle de ton lirécrire : en tailleur, l'ipad sur les genoux, ou allongé, tête sur l'oreiller, nuque tenue par deux coussins, l'ipad sur le torse, juste au dessous de la poitrine...

Ainsi tu peux éteindre la lumière, ne pas déranger qui dort à tes côtés et traverser les phrases, devenir pour quelques heures leurs lignes, avant que le sommeil n'assomme la conscience. Là est peut-être toute ta vie. Être dans les phrases. C'est là toute ton ambition. C'est ce qui te tient. Sans cela l'existence est insurmontable. 
Tu n'écoutes plus assez de musique. Tu devrais. C'est bien plus important que tu ne le crois. Pourtant, tu t'en passes, souvent, des semaines entières. L'écriture, en revanche, elle est toujours là, même quand tu n'écris pas. Tout le temps, elle ne s'arrête jamais, contrairement à toi, qui devrais écrire plus, bien plus! C'est impardonnable, presque obscène de te dire écrivant toi qui n'écris rien. Aucune excuse ne justifie ta procrastination incessante, ton peu de sérieux, ton manque profond d'exigence.

N'oublie pas : chaque jour moins de temps qu'avant devant toi... Déjà trente trois... Ce n'est pas vieux mais ça viendra... Vite... Encore plus vite que tu ne le crois. Tu commences à t'en rendre compte...  Quelle heure est-il ? Déjà 2 heures 53. Tant pis. Il est grand temps d'écrire, de recopier le passage de Michaux...


... jusqu'à l'aube s'il le faut.






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