mardi 20 août 2013

#96




L'ivresse de la parole enfin retombée, le discours encore chaud dans lequel monsieur M s'est ce soir empêtré laisse sur sa langue l'haleine empuantie d'un remords, celui de n'avoir pas su se taire, une fois de plus, piégé par les failles de sa timidité imbibée d'alcool.

Après coup, dans le silence de son lit froid, résonne encore le ridicule, la misère de son bruit vain et prétentieux. À mesure qu'il se souvient, le voilà qui rougit, qui brûle, qui s'effondre au souvenir de ses paroles prononcées d'un ton vulgairement convaincu, d'une voix aiguë s'obstinant dans le délire de sa parole malade.

Monsieur M. se dit tout bas: "À quoi bon laisser ma voix me trahir? Se soumettre au silence, le subir, est-ce si douloureux? Un jour prochain, saurais-je ne pas détruire l'atmosphère délicieusement gênante d'une pièce où personne ne dit un mot? Et ces gens, ces pauvres gens qui ont eu la patience de m'écouter, sont-il restés par politesse eux qui peut-être désiraient aller se coucher? Avant de s'endormir, ont-ils médit de moi, évoqué en riant mon cas dans une dernière confidence sur l'oreiller? N'aurais-je pas pu faire autrement? Les épargner de ce qui jamais ne m'épargne ?"


J'écris : la honte de parler


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