dimanche 11 août 2013

#93



L’éclat de rire qui résonne en moi m’humilie.
Devant mon miroir, inlassablement, je me regarde et ne connais pas celui qui me reconnaît.
Mon visage me trompe, me trahit.
Il est un masque devenu trop étroit pour ne pas laisser entrevoir par endroit, par instant, le trou noir d'un regard sans yeux et plein de nuit.
J'ai les mains qui tremblent. Un orage menaçant grondant dans mon ventre. La fièvre monte. La honte et le dégoût aussi.
Une allergie peut-être, soudaine, à ce costume que je revêts? N'être plus qu'une veste, un pantalon sur l'absence d'un corps, l'invisible chair d'une parole désormais muette, si terrifiée à l'idée même de s'exprimer, de demander, de répondre à ceux qui jamais ne s'adresse à moi.
Je suis loin pourtant, parti, avec l'idée de fuir la trace de la solitude que je fus, ici même, il y a un âge que je n'ai plus, dans ce lit encore sale de la sueur des rêves à ne pas toucher, ne surtout pas tenter de les interpréter, les expliquer, y chercher du sens là où il n'y a qu'encre et coup de sang à donner.
Tout cela est vain. J'écris sans me concentrer, ni par besoin, ni même par nécessité, j'écris pour faire semblant, donner l'impression aux absents me regardant l'air suspect que je fais là quelque-chose de mon temps, de ma vie passant dans le vide à la recherche d'un instant à saisir, à subir, mais le présent m'échappe, et la pensée, bégayant dans le vent sur des objets insignifiants pour mieux nier que rien ne se passe, m'engage dans une voie menant à me regarder dans la glace, encore et toujours, devant ce reflet saisi de doute coquet, l'air masqué d'un orgueil blessé.
Il doit falloir écrire. Sans doute. Sans espoir de résoudre. Écrire pour écrire. Pour bouger des lèvres tentant de rattraper une phrase qui peut-être a existé à cet instant où jamais je ne suis, cet instant qui me fuit.



J'écris : une nuit sans monsieur M.





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