mardi 6 août 2013

#91


Il faut que je vous confie quelque-chose:

Je crois que j'ai oublié votre voix. 
J'essaie par moments de me la remémorer.
Je tente de me souvenir de son timbre, sa tessiture, sa gravité.

Mais rien ne me revient. Rien. Rien du tout.
Pas l'ombre d'une haleine, d'un souffle, d'un son.
Elle s'est évaporée.
J'étais revenu ici dans l'espoir de retrouver quelques traces.

Mais il ne reste rien, rien d'autre qu'une initiale suivie d'un point :

A.

De quel prénom cette lettre est-elle orpheline?

Comment vous appeliez-vous déjà? 
 
....

Décidément
Ma mémoire n'a aucun égard.

Ici le jour s'en va. 

Je n'ai même pas quelques minutes à moi, rien qu'à moi, un instant de sauf où invoquer votre fantôme perdu dans l'anonymat.
L'écriture, celle qui un jour nous a réuni, 
celle qui aujourd'hui, nous sépare,
elle continue.
Tous les jours. Ou presque.

Seul l'acte m'est nécessaire.
 
Elle est, je le crois aujourd'hui, une infinie correspondance avec le néant.

Et ce soir, vous incarnez pour un instant ce néant
n'ayant plus aucune preuve de votre absence.

Je me doute que vous n'êtes pas mort.
Si vous l'étiez, je le saurais.
Il me suffirait de regarder au loin.
Peu importe où.

Et puis même si vous n'étiez plus,
je préférerais ne pas le savoir
et ainsi continuer à vous penser,
à vous écrire,
dans l'attente d'un geste,
d'une réponse qui jamais ne viendrait.



De même j'ai eu cette illusion de ne pouvoir jamais vous oublier  
De même avec A. j'ai ce doute maintenant.


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