mardi 16 juillet 2013

#83



Il se souvient mais il ne sait plus d'où, il ne sait plus quoi, s'il s'agit là d'un événement vécu ou d'un rêve oublié jusque-là, qui à présent lui revient, par bribes et débris à reconstruire dans un temps et un espace qui n'est plus le sien.

Il était je, il, elle, eux, nous, vous, il était tous les personnages de son rêve, il était son labyrinthe de rues flottantes, de couloirs d'immeubles à milles étages, ses fenêtres ouvertes où désirer s'envoler, ses portes fermées à double tour où regarder par le judas des secrets lourds, des trahisons les plus fidèles, d'ignobles révélations...
Il était sa fuite, sa course à bout de souffle, le goudron bouillant de sa route sur laquelle chacun de ses pas prit feu, il était son fleuve et sa peur de se noyer, son parc sombre et déserté, son arbre abattu par la foudre d'un orage d'été, il était le ciel menaçant, l'absence du chant des oiseaux, la plainte aboyée d'un chien battu, il était son regard sur le sol, ce mégot de cigarette ou petit bout de papier froissé dans un coin, probable message égaré par son messager...
Il était tout de son rêve, tout dans le moindre détail, tout, sauf celui qui rêvait.
Il était un récit sans narrateur, sans lecteur, un récit seul qui avançait, qui n'avait pas besoin de début ni de fin pour se raconter.

Alors quand au petit matin, un bruit ou une odeur alentour pénètre dans son rêve pour le polluer, il essaie tant bien que mal d'ignorer la chose, de préserver la fatigue qu'il lui reste, luttant contre la volonté de sa conscience, refusant le réveil, ramassant toutes les forces de son sommeil pour s'y soumettre encore un peu.
 
Même le pire des rêves vaut la peine de ne pas se lever.


il ouvre les yeux



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