mardi 24 janvier 2017

#495

Deux montres se sont successivement arrêtées à mon poignet. Je ne crois plus au problème de pile. Le temps s'arrête au contact de ma peau. Le battement de mon coeur court-circuite celui des secondes. C'est pour cette raison que je ne vieillis pas. Autour de moi tout se ride, pourrit, s'auto-détruit. La ville se métamorphose sous mes yeux. Immobile en elle, mon visage ne change pas. Je vais à mon rythme, bien plus lentement que le monde. À son rythme je serai déjà mort de vieillesse à 34 ans.

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Les classes désertées, fais cours à trois élèves puis m'assois sous un arbre. Des mots sortent de la bouche à voix haute. À qui je m'adresse quand je parle seul ?


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À quelques jours du Têt, fleurs et petits arbres roulent au milieu des casques, se prostituent sur les trottoirs. Certains arbres sont déjà fleuris. Tous leurs pétales tomberont avant l'heure. Il faut savoir acheter ceux qui sont rempli de bourgeons. Être patient pour connaître un têt fleuri. Un texte c'est pareil. Avec le temps j'apprends à ne pas chercher le clinquant dans la phrase, attendre qu'elle fleurisse à notre insu. Souvent elle meurt sans avoir éclos. Tel est le prix de l'écriture.


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dans l'après midi, quand les hommes sont au bureau, il ne reste de la ville que des cafés déserts. J'écris au coeur des heures sèches, l'ennui du serveur qui baille discrètement avant d'ouvrir la porte avec un franc sourire, travail ennuyeux qu'il fait avec sérieux, prêt à répondre le plus poliment possible à ma demande...


Le garde à l'entrée, qui du matin au soir surveille les scooters des clients sur le trottoir, il est là le garde, à sa place, sur le tabouret en plastic rouge qu'on lui a attribué pour quelques billets... tu le regardes se lever, l'air agacé, presque fâché, il semble en vouloir au vide qu'il regarde, bras croisé il se relève, mains sur les hanches puis se rassoit, une main dans l'autre...


que disent les mains de l'attente ?

le dos contre le dossier soudain se relève, sa main tape sur son genou le rythme du temps qui ne passe plus, il oublie sa fonction quelques secondes, redevient celui pas fait pour ce costume, celui devenu garde un peu par hasard qui, dans le dos des clients, joue de la batterie imaginaire...

la pluie tombe en trombe. Tout le personnel s'agglutine à la vitrine à côté du garde qui lui aussi s'est relevé, pour regarder tomber la pluie. C'est l'évènement d'aujourd'hui. En rentrant chez eux ils pourront tous dire, à leur proche, ou a eux-mêmes s'ils sont seuls : aujourd'hui, en pleine saison sèche, il a plu très fort.

1 commentaire:

Stéphen Urani a dit…

Bel effort de dénouement des mains de l'attente !