mercredi 30 avril 2014

#185



La parole délirante de cet homme était déchainée, comme enfin libérée d'une atroce et longue abstinence, la torture d'un silence qui avait dû finir par l'envennimer.

Il s'adressait à ce Mathias comme un affamé se jette sur un bout de pain avant de s'étouffer. Le courant de sa voix semblait sortir tout droit de son estomac au fond duquel son ressentiment claquait comme un drapeau dans la tempête. L'électricité de la voix s'est ensuite propagée de la tête aux bras puis aux jambes soudain habités de gestes brusques, de coups de poings et de pieds qu'il donnait dans la porte derrière laquelle l'absence de Mathias le hantait.

L'air était étouffant, moite comme la peau de l'homme humilié qui venait malgré lui, dans une ivresse nerveuse, de se mettre à nu. Il le savait. Il avait franchi la limite qu'il redoutait, celle au delà de laquelle se repentir est aussi ridicule qu'inutile. C'était bien trop tard. Les mots étaient dits. Les coups déjà portés. Il n'avait pas fini de le regretter lui qui n'est jamais à la hauteur de ses remords...

Il reprenait peu à peu ses esprits, et c'est avec dans la bouche le goût amer de sa colère froide et injustifiée qu'il s'est relevé sans un mot, s'essuyant de la manche la morve et les larmes qui lui restaient sur le visage avant de partir discrètement, la tête basse et la pensée vaincue par son tourment.

Peut-être avait-il enfin compris qu'il n'y avait et n'aurait jamais personne pour lui pardonner derrière cette porte condamnée.





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