jeudi 3 avril 2014

#178


Aussitôt cette question posée, des guillemets se sont ouverts sur la page où il put lire :

«— Je suis à l'image de tous ceux ayant assez de solitude en eux pour venir me rencontrer, tous ceux qui m'approchant croit entendre ma voix alors qu'il s'agit de la leur, tous ceux qui dans les ténèbres des heures ne cessent d'errer aveugle dans un livre vide à la recherche de sa vue, livre d'un désert de mots sans horizon, sans fond, sans fin, où l'on ne discerne rien, à peine quelques phrases tombées dans le noir comme pour raconter l'histoire sans intérêt d'une chute, la chute d'un hasard ne croyant plus en sa chance alors que la nuit se fait froide à la fenêtre de la chambre de tous ceux jetant leurs yeux vers des lueurs lointaines dans l'espoir d'éblouir cette existence... inexprimable.»

Après avoir lu ces quelques phrases qui s'écrivaient sous ses yeux, le chef ne pensa plus rien. Sa pensée avait comme disparu. Puis il voulut regarder ses mains. Elles aussi avaient disparu. Pris de panique, il cherchait désespérément une issue à ce mauvais rêve. Mais il ne rêvait pas. D'abord, il refusa d'y croire, jeta violemment le livre sur le sol avant d'aller trouver du secours dans le reflet d'un miroir...  mais il n'y était pas. À cet instant là, de nouveaux guillemets se sont ouverts dans le silence de la nuit et monsieur M. ajouta : 

«— ... alors si je suis à votre image, c'est que vous n'êtes qu'un personnage de plus dans ma propre tragédie, le personnage d'un chef qui s'apprête à disparaître, comme votre fils, comme le petit homme au kesa noir, comme la moindre présence passant dans ma tête garnie d'absents, à croire que ce livre est fait pour me dépeupler de toutes les voix susceptibles de m'habiter... »





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