dimanche 4 octobre 2015

#362


Le chien que tu n'as pas ne cesse de couiner. Il tourne en rond autour du lit, haletant, comme si un crime venait d'être commis sous ses yeux. 


Depuis que T. est enceinte, deux coccinelles ont trouvé refuge dans votre appartement. Tous les matins, lorsque tu ouvres les rideaux, la lumière du jour dévoilent leurs dépouilles sur la banquette. Tu les ramasses délicatement avant de les jeter par la fenêtre, à la merci du vent. Chaque soir pourtant, elles reviennent, bien vivantes. Ce ne sont pas de nouvelles venues, non, ce sont les mêmes. Tu les reconnais à leur taille, la couleur de leurs élytres : l'une rouge vive est marquée de deux légères taches noires, l'autre plus orangée n'est pas tachée. Comment expliquer leur quotidienne résurrection ? 

On les appelle les bêtes à bon dieu. Ce surnom remonte au Xe siècle. Condamné à mort pour un meurtre commis à Paris, un homme, qui clamait son innocence, a dû son salut à la présence du petit insecte. En effet, le jour de son exécution publique, le condamné devait avoir la tête tranchée. Mais une coccinelle se posa sur son cou. Le bourreau tenta de l’enlever, mais le coléoptère revint à plusieurs reprises se placer au même endroit. Le roi Robert II y vit alors une intervention divine et décida de gracier l’homme. Quelques jours plus tard, le vrai meurtrier fut retrouvé.

Tu ne peux t'empêcher de penser que votre désir d'enfanter est par nature criminel. Dès sa naissance, votre enfant sera l'innocent condamné à mort. Les coccinelles ressuscitent-elles chaque matin pour le sauver de l'existence ?


Regarde: il a déjà des mains pour se battre, et des pieds qui un jour prochain le mèneront, loin de toi, seul, au bout de son chemin.


1 commentaire:

Dominique Hasselmann a dit…

La fable de la coccinelle (d'actualité automobile) est jolie et en phase avec l'échographie. Chaque être possède sûrement des ailes.