lundi 3 août 2015

#342

Vers le fantastique  atelier proposé par François Bon

#1 les peurs (version 2)


ça commence toujours avec la peur de s'engouffrer dans le noir d'une phrase dont je ne reviens pas — long tunnel labyrinthique dans lequel je tremble d'ignorer où et quand la nuit finira — malgré le risque j'avance à l'aveugle la main devant moi, m'enfonce dans l'oubli des heures; à force de me perdre je ne sais plus d'où j'ai peur, la mémoire est désormais une fiction d'où jaillit une légende barbare au sujet de ma rue, la rue du Taur, là où le corps de Saint Saturnin fut trainé à mort; dans ma tête le tableau du supplice, le portrait du martyre, les images sanglantes défilent, j'ai envie de pleurer, ouvre les yeux pour ne plus voir de telles atrocités, mon regard cherche du réconfort dans la lumière de la veilleuse, mais les ombres qu'elle crée sur le mur sont plus effrayantes encore; alors crie, appelle au secours ! impossible ! de ma bouche ne sort qu'un chuchotement inaudible, ai-je perdu la voix ? à jamais ? mon dieu, je suis muet, qu'ai je fait pour mériter ça, trop de mensonges n'est-ce pas ? ma mère m'avait pourtant prévenu : — arrête de mentir où tu vas perdre ta langue ! si seulement je l'avais écoutée, si seulement je pouvais l'appeler, qu'elle vienne s'asseoir à côté de moi, le temps que je m'apaise; un baiser, un seul et je pourrais dormir en paix, sans elle, je suis ce soir condamné à la nuit blanche, malgré la fatigue, les yeux qui peu à peu s'alourdissent, je me force à rester éveillé pour éviter le cauchemar, toujours le même : deux vieilles sorcières aux mains crochues m'attendent au fond du couloir, comment m'échapper ? en revenant à moi, surtout ne pas tomber de sommeil, rester ici dans la chambre, continuer à écrire, assis en tailleur sur le lit, l'ipad sur les cuisses, ainsi je ne risque rien, quoique, le pire vient souvent à la rencontre de celui assez seul pour passer la nuit à écrire une phrase...




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