mardi 5 août 2014

#207


L'oubli peut-il enfanter des visions, des voix ? Ce que je vois, entends, ressens dans cette maison... est-ce issu de mon imagination ou de ma mémoire ? Suis-je délirant ou bien est-il possible de se souvenir de choses qui n'ont jamais eu lieu ? 


À quel temps écrire ce carnet ? Comment saisir l'intemporalité qui le traverse ? J'ai eu beau écrire jusqu'ici au présent, ma présence m'a jusque-là échappé. Peut-être que ce n'est pas uniquement une question de temps, mais de pronom... Ce Je qui me poursuit, qui est-il si ce n'est cette ombre qui semble à tout instant pouvoir prendre son indépendance et quitter l'homme silencieux qu'elle dédouble sur le mur de sa chambre le laissant seul avec sa chair, sa salive, son sperme, son sang, cet homme d'un autre monde, celui d'un nom à porter, le nom du passeport gardé dans sa poche, lu et relu avec la même étrangeté, le même doute quand il se tait ainsi à son bureau tard jusqu'à très tôt assis derrière la dernière fenêtre allumée, semant les mots récoltés au coeur de la nuit noire trouée par la lumière de sa lampe de chevet avec au ventre la peur de ne pas rattraper son retard sur l'écriture qui toujours le devance.









3 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

ambiance
ambivalente
embolie
de l'esprit
frappeur

anna jouy a dit…

diapason..en claquant contre le métal de la plume, le monde résonne et chante..juste

Brigitte Giraud a dit…

Sa présence à l'échappée de soi. On sait des ombres qui nous hantent. Ou bien est-ce nous qui les hantons ?