jeudi 12 septembre 2013

#101



Chaque nuit, vers trois heures d'un matin blême, le désir d'une confidence vient réveiller monsieur M.. Mais il ne sait quoi confier, l'oubli ayant presque tout emporté, le récit de l’événement, les dates, les noms, les mots pour le raconter.

Seule l'angoisse a survécu. Elle a mûri puis pourri en lui comme un fruit abandonné au bord d'une table. Entièrement à sa merci, il a depuis longtemps renoncé à l'idée même de lutter. Elle règne sur lui corps et âmes. Le lâche se laisse marcher dessus, tête basse, regard fixé sur ses pieds, submergé de honte et de bave, fesses nues, à genoux, plié en deux comme une lettre adressée à son orgueil blessé...

Monsieur M. aimerait tant cracher le sel du pitoyable sanglot enfoncé dans sa gorge, hurler ce qui dans son ventre est aussi vivant qu'une trahison, lui dont la voix reste cloîtrée au fond de son lit chaque nuit que l'absence de Dieu fait. Mais jamais il ne trouve en lui le souffle suffisant pour gémir d'effroi, ne sachant de quel mal il est habité.

De ce souvenir inconnu reste tout de même une cicatrice lui évoquant vaguement un vieux couteau sous la gorge de l'enfant qu'il était.

J'écris : la mémoire de la peau



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