vendredi 3 mars 2017

#505


qui pour me raconter l'histoire étrangère des mots ?

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moins je les écoute parler, plus je regarde les gens vivre. Observer mon semblable de loin est le rapport avec les autres qui m’est intérieurement le plus riche. Les silhouettes dévoilent beaucoup d'intimité. Je lis très peu. Retranscrire le livre de la ville prend tout mon temps.

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mes habitudes peu à peu disparaissent dans la ville qui chaque jour se métamorphose. Je marche à contre-sens sur mes trajets d'autrefois devenus sens interdit, impasse. Certaines routes n'existent plus. Mes oloé sont détruits ou ferment, remplacés par d'autres cafés où je ne suis plus à mon aise. Par peur qu'une nouvelle habitude soit à nouveau détruite dans quelques mois, je choisis désormais l'errance, dérive intérieure sur les trottoirs en chantiers, j’avance, à la merci du hasard, et l’inconnu explore le promeneur sans destination que je suis... 

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   la ville est une autre

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parfois on revient dans un lieu jusqu'à l'épuiser de ses possibles, on revient tous les jours, à la même table et arrive le moment où on ne s'y sent plus assez étranger pour écrire...

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le visage de la ville est criblé de reflets, le mien, le sien, le tien aussi, toi qui dans la vitre me regarde droit dans les yeux, frappant des lettres comme dans un sac de sable, préparant indéfiniment un combat contre le sablier, toujours remis à plus tard…




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je suis un bout de tête vu de haut, un cuir chevelu, un point d'encre sur la carte du pays tatouée sur la cuisse de la serveuse, le désir de ses lèvres invente en moi le goût de sa salive…

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  la ville est un coup à jouer…




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la ville défile sous mes yeux au moment même où je t'écris...




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il y a des tables où le bruit de la ville n’est plus qu’un bruit de fond au loin, comme un son qui s'échappe de l’écouteur oublié dans une poche. 

la ville est un oiseau électrique




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le blog est aussi vivant qu'un brouillon. Mon blog est un mouvement de pensée dans un livre à durée indéterminée. Écrire sur le web me met en rapport avec la mort du texte même. Pas de postérité possible, d'un jour ou l'autre, tout peut s'arrêter. Je ne sauvegarde d'ailleurs rien. Ma mémoire c'est mon blog. Si celui-ci disparait l’écriture perdra la mémoire avec. 

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Le blog c'est aussi la prise de parole d'une écriture devant un public... le blog est un théâtre vide de présences en ligne, sous pseudonyme. Pas de honte d'avoir besoin d'un public, même absent. Où qu’il soit l’autre existe.



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jamais je ne nommerai la ville dans laquelle je suis. Même quand je voyage. Même si un jour je déménage. Le monde est une ville de millions de quartiers, les jardins des forêts, des jungles qui peu à peu perdent du terrain. Les arbres survivants replantés sur les trottoirs sont des déracinés, des apatrides, chacun traine sur son écorce  une histoire...

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la ville est une question de l'être, au même titre que l'âme, la ville est l’âme de son auteur, cet étranger dans les rues qui s'étendent derrière son passage, il ne fait que passer mais chacun de ses pas invente de nouveaux chemins en lui… 

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jamais je ne nommerai la ville en moi, elle est sans origine, apatride, anonyme, sans géographie certaine, un territoire de l'intérieur où la langue erre de quartier en quartier, d'une saison à l’autre, suite de paysages et de passants défilant derrière la vitre d'un train, le hublot d'un avion, le pare-brise du taxi, le visière sous le casque, masque sur la bouche, lunettes de soleil sur le regard, derrière un voile de fiction permanent. Mon écriture porte le voile.

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le blog est mon seul et unique mode de respiration. Au sens physique du terme. Chaque billet publié est une bouffée d'air pour moi-même. Je suis à l’étroit, toujours sur mes gardes, longeant les murs comme un rat seul et craintif, asphyxié de ville, qui d'une rigole à l'autre ne se rend même plus compte qu'il tourne en rond. 

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Je suis derrière une femme qui marche. Elle tient deux Bành Mí dans une poche. J'ignore si ce sont ses fesses ou les deux sandwichs que l'homme assis suit du regard avec appétit...

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   parfois la ville est tendre.


1 commentaire:

Jean Jacques a dit…

Quelle belle promenade et quel plaisir de vous y accompagner
Merci
jean-jacques