samedi 10 décembre 2016

#482


La ville me creuse, martèle en moi jour et nuit, je dors dans un bruit de grue. Combien de trous de perceuse dans la mémoire ? La ville a investi l'intérieur de mon être, elle y monte un chantier pharaonique... et infini.  
Elle ne cesse de s'auto-détruire pour rebâtir derrière, plus beau, plus gros, plus cher, on rénove rarement, la ville en moi est un éternel recommencement... d'où la difficulté de l'écrire.
La ville n'a pas le temps d'avoir une mémoire, son visage est vivant, bouge féline, sa silhouette grandit à une allure infernale, marche à la vitesse de la lumière, insaisissable, son visage se construit sous mes yeux...
Les façades changent. Des tours de verre, dont chaque carreau est un reflet du ciel. Le puzzle étrange de maisons infini, pièce après pièce, des bouts de camapgnes sont devenus des quartiers, les ruelles labyrinthique de deux mêtres de large, où l'on passe en mob, mange, vend, marche, joue, attend. Pas encore fini le chantier d'en haut qu'un autre commence en bas. Les appartements vides et revendus à peine achetés, un café fermé, l'autre qui ouvre à sa place, au même endroit, sous une autre enseigne, un autre design, une autre table où s'asseoir... et écrire la ville en moi.



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Une photo d'Iphone filtrée, "instagramée" n'a probablement aucune valeur artistique. Je ne prétends pas être photographe. C'est juste devenu un geste qui fait désormais partie de ma pratique d'écriture. Je prends des photos comme on prend des notes. Je fais avec mes moyens, avec les outils que j'ai sous la main. Photographier n'est qu'un prolongement du travail, un travail sur mon propre regard, à questionner chaque jour, l'oeil rivé sur la prochaine photo. Un regard encore timide, qui se maquille en jouant sur la texture, le contraste, la luminosité, le grain,

Comment se faire le plus discret possible, s'absenter derrière son cliché ? Souvent je me demande qui je photographie : la ville, ou mon regard sur elle ?


« Distinguer réalité et vie. Je n’écris, ne vise à écrire que vivre, même au plus dénudé. Il n’y a pas de réel, seulement de la saisie : un temps, un lieu, une main, une culture, une intelligence, une mémoire… autrement dit quelqu’un qui prend comme il peut dans une réalité qui le déborde. Dès lors, on est un peu comme un photographe qui multiplierait les clichés, non pas en vue d’une « bonne » photo, mais dans l’espoir que la somme des prises/poèmes donnera une idée de la complexité »

Antoine Emaz. « Cambouis » publie.net

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Parfois l'angle et les ombres trompent l'oeil. On regarde la ville comme un nuage, chacun y dessine ce que les formes éveillent.





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