vendredi 9 décembre 2016

#481


extrait du livre en cours : 



Signature no 1, Estate, Son La. Je verse dans ma tasse le thé brûlant, les effluves d'eau chaude se mêle à l'odeur fade de la pièce. Encore trop chaud pour pouvoir y tremper les lèvres. Je prends la tasse, le hume, essaie de deviner avec le nez ce qu'il deviendra dans la bouche, il sent la liqueur chaude. Première gorgée. thé rôti, smoky, liquoreux de texture, mais pas sucré... Beaucoup de mal à déceler ce qu'il cherche à provoquer. Je cherche des connexions avec le passé, aucune saveur en bouche ne rejoint un bout de mémoire. Ce sont là des saveurs jamais rencontrées. elles ne réveillent rien de mort en moi. Elles vivent pour la première fois leur pouvoir sur mes sens. Ça ne veut pas dire que le thé n'est pas bon, bien au contraire. Vierge de tout repère, résistant à toute métaphore, Il reste en bouche un mystère. Sa minéralité assèche le palais d'un goût de flaque, la dernière flaque vaseuse d'une source épuisée. 

En face le serveur au polo vert pèse du thé, l'emballe dans du papier d'or. Je termine ma première tasse. Ne pense toujours rien du thé. Sa présence sur la langue me préoccupe, comme tout inconnu en moi. La deuxième tasse est beaucoup plus sombre. Oui, comme le temps à la fenêtre, le thé s'assombrit.

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Antoine Emaz est un auteur qui ne me lâchera plus. Il s'est imposé avec autorité, comme Blanchot à une époque, dans une période sèche en écriture. Il est devenu, dans ma propre recherche de langue, une balise. Après avoir lu son cambouis surtout. C'est par ce livre que j'ai rencontré l'écriture d'Emaz. Il agit sur l'écriture comme un surmoi qui remet en question chaque mot posé. Mais un surmoi à qui je fais confiance les yeux fermés, il ne censure pas, il mesure ce que j'écris par devoir d'honnêteté. C'est ce que m'apporte Emaz en ce moment. Une sorte de baromètre de justesse avec la phrase. Ni mépris, ni vanité dans ce livre. Juste l'exigence de vérité face à la pratique de l'écriture.

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Le thé, dont il ne reste que le dépôt dans la tasse, à peine le temps de l'écrire que la serveuse me débarrasse, la tasse disparait derrière le bar, je ne me souviens déjà plus de sa couleur, de son aspect, l'écriture l'a ratée... La ville est l'échec de tant de chantiers d'écriture.

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écrire la ville à son insu, parler dans son dos


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