jeudi 2 juin 2016

#427

le chien que je n'ai pas ne peut trouver le sommeil, il couine, comme si la voix intérieure de son maître l'angoissait...


ne cherche pas une cohérence illusoire, un mouvement de pensée dense et continu... accepte ta nature fragmentée.


chute dans le temps, silence sans durée, devenir absence, trou noir de conscience pure à en oublier sa respiration


être quelqu'un d'autre à chaque début de phrase, quitte à me contredire, m'annuler, que ma présence dans l'écrit soit une succession de naissances et de morts, brefs éclairs de résurrection


à quoi bon chercher d'achever ce qui n'en finit pas de finir, à quoi bon sous prétexte d'une forme, celle d'un poème, d'un roman, nier la nature décousue de ce qu'il est impossible d'exprimer


la parole jetée trahit son sujet, la voix porte nos mots sans nous... peut être est-ce pour cette raison que la rencontre physique est vaine... car il faut du temps et non de l'immédiateté... de la distance aussi... tout va trop vite tout est erroné... tout est trop proche... les mots, tout en exigeant une authenticité, doivent garder leur part de fiction... et par la fiction effleurer une vérité impersonnelle, un grain d'universalité...


— l'écrivant peut-être est celui qui met en relation un texte et un lecteur... plus un texte trouve sa voix, moins ses mots m'appartiennent...

— c'est un entremetteur, celui qui met en rencontre un lecteur avec un mot des mots ... oui oui

— entremetteur voilà je cherchais le mot

— les taoïstes ne s'adressent même plus à personne...  ils s'adressent aux choses au vide et au néant sans le monde des poussières

Meng Hao jan 孟浩然 (689-740):
sommeil profond je n'ai pas vu le jour se lever
partout le printemps avec le chant des oiseaux 
toute la nuit les rêves au bruit du vent et de la pluie
les pétales des fleurs sait-on combien sont tombées?



    derrière la vitre nos désirs de départ






3 commentaires:

Claude Enuset a dit…

Oui, ne pas nier la nature décousue et même la favoriser, la déployer et d'incohérences en dérives et digressions s'approcher du vide.

Luc Comeau-Montasse a dit…

Re-oui
la pensée n'est pas ce qu'on voudrait nous faire croire
après avoir inventé l'ordinateur
nous ne sommes pas linéaire et cousu
mais chaotique, décousus
j'aime le chien que tu n'as pas.
Ce qu'on nomme incohérence est la matière même de la vie
qui de particules existantes (ou faisant semblant) au hasard
produit l'innommable que tu évoques ici.

Anonyme a dit…

Le Mékong, et au loin les îles dans le delta ..