mercredi 18 mai 2016

#423


... je n'écris plus jusqu'à l'aube tu m'apprends à dormir à des heures raisonnables à composer mon temps sur ton rythme de vie je tombe de sommeil bien vite aujourd'hui les nuits sont à nouveau faites pour rêver cette semaine tous les jours j'ai rêvé lundi d'une jeune blonde oubliée à qui j'ai fait l'amour dans un duvet sur un pont mardi j'ai fait pleurer de honte un ami perdu de vue mercredi je craignais la venue des loups allongé dans une montagne enneigée jeudi le visage d'un marin éclairé à la bougie sur un bateau qui peu à peu disparût dans l'étendue noir-pétrole vendredi une orgie de morts couchés nus dans le parking derrière la R5 rouge de mon père samedi perdu dans une ville inconnue où il me semble pourtant avoir déjà vécu c'est étrange souvent je rêve d'un passé que j'ignore celui de l'être mort à ma naissance c'est à cette vie d'avant la vie que nous t'avons arrachée il y a un mois déjà pardon oui je dis pardon car je me sens coupable le monde dans lequel nous t'avons jetée est si absurde d'une absurdité à ne pas comprendre ce qu'on fait là mais ne t'inquiète pas il te reste du temps avant de tourner en rond dans ta propre tête ton enfance n'a même pas encore commencé tout reste à voir à sentir à écouter à toucher à goûter pour la première fois quelle chance profite l'enfance disparaît si vite une fois grand on l'oublie on ne sait plus rien d'elle ni jouer sagement ni regarder les nuages blancs comme j'aimerais tout désapprendre j'envie ton éveil ta façon de découvrir voix et bruits du monde ton regard riche de non-savoir tu es si belle vierge de toute chose sans parole en sommeil esquissant un sourire pour une raison que toi seule connais en pleurs quand je te réveille subitement alors que tu dors la bouche ouverte sur mon ventre ne m'en veux pas si je pars me réfugier quelques heures loin de ta mère de toi non parce-que je ne vous aime pas juste pour retrouver ma solitude à qui je manque et qui me manque aussi je ne veux pas l'oublier il faut prendre soin de sa solitude sans elle on serait plus seul encore toi à la maison moi à ma table de café la distance ouvre un lien qui dépasse celui de notre sang je m'éloigne pour te parler autrement pas comme un père à son enfant autrement fraternellement d'un humain à un autre ma solitude aujourd'hui s'adresse à la tienne demain un jour prochain peut-être poseras-tu tes yeux sur la voix de ce journal et entendras ce qui me traversait quand tout seul je pensais à toi ce jour là...


2 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

La solitude rapproche...

annaj a dit…

quel précieux cadeau pour votre fille... un jour pouvoir lire : j'ai été la pensée de mon père.