dimanche 23 novembre 2014

#235


Quand tu es penché sur la page blanche, pourquoi ces inhibitions, ce blocage, cette impression que tu es attelé à une tâche aux difficultés insurmontables ? D'emblée, une sensation de fatigue. La conviction que tu ne pourras qu'échouer. Cependant, tu te refuses à accepter cette fatalité de l'échec. Alors contre tout bon sens, tu avances dans la nuit.
D'abord descendre. Encore descendre. Le dégager de la tourbe, ou de la boue, ou bien encore d'un magma en fusion. Puis le tirer, le hisser, lui faire péniblement traverser plusieurs strates au sein desquelles il risque de s'enliser, se dissoudre. S'il en émerge, enfin il vient au jour, et quand tu le couches sur le papier, alors que tu le crois gonflé de ta substance, tu découvres qu'il n'est qu'un mot inerte, pauvre, gris. Tu le refuses. Tu redescends dans la mine, creuses plus profond, cherches celui qui apparaîtra plus dense, plus coloré, plus vivace. Ainsi sans fin. Ainsi cet épuisement qui te maintient en permanence à l'extrême de ce que tu peux.

Charles Juliet




1 commentaire:

Dominique Hasselmann a dit…

La couverture d'un livre peut suffire (à condition d'avoir choisi l'auteur)...