samedi 10 mai 2014

#188 bis



Il s'appelait Lộc.

Il était un petit garçon avec une touffe de cheveux noirs en houppe sur la tête, comme cela se faisait souvent et comme cela se fait toujours... sa famille souhaitant pendant quelques mois d'une enfance d'un enfant... qu'il soit un petit bouddha et Lộc était un tout petit garçon remuant vivant rieur et joyeux, toujours joueur et en mouvements, souvent difficile à contenir, hyperactif comme on le dit maintenant.

Un jour, un jour donc... un jour maudit, seulement un seul jour n'est-ce pas? avec ses deux grandes sœurs, deux enfants à peine plus âgées que lui, Lộc s'était retrouvé par mégarde - c'était en pleine guerre coloniale - au milieu d'une embuscade de rues de son village, entre soldats de l'armée coloniale et rebelles việt minh communistes, au milieu de fumées et tirs nourris à l'arme lourde d'obus et mortiers... Tous trois s'étaient mis à l'abri derrière une jarre d'eau de pluie à l'ombre d'un portail de branchages de feuilles de bananiers, et soudain, soudain n'est-ce pas?... soudain Lộc s'échappa des bras de ses jeunes sœurs, de leur surveillance... il s'est mis à courir vers la cour de jeux de sa maison, courir et courir avec son sac de billes bien serré contre sa poitrine le long des paillotes et rizières... une rafale de mitrailleuse d'un soldat du contingent ayant pris peur - on lui avait tant appris  dans l'art de la guerre et de la guérilla qu'un sac d'enfant pouvait contenir des grenades - et sa rafale de mitrailleuse faucha Lộc dans le dos et le tua net... il avait 2 ans et un sac de billes et autres boulards.


Trần Thọ Lộc (1935-1938)

Les soeurs de notre petit ami, plus tard adultes, se retirèrent à vie dans un monastère bouddhiste et devinrent bonzesses contemplatives se consacrant à la méditation.



l'apatride


1 commentaire:

anna jouy a dit…

plusieurs vies de songes pour effacer celle emportée par la réalité