samedi 17 septembre 2016

#451


L'inconnu m'écrit : écrire est un masque de vivant.

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apercevoir sa foi entre les arbres


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Lignes horizontales de fils électriques. Mur blanc pâle. Façade de l'immeuble en face. Escalier de fer. À chaque étage son petit balcon. Trois portes en métal. Issues de secours cadenassées. Si un homme entre avec un fusil, personne n'y échappera. En bas le parking est vide. Une plante verte au milieu, aussi que seule que moi. Elle attend.

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Je porte le nom d'un mort. Il y a bien plus d'un siècle, sur une embarcation de réfugiés de la Chine, un ancêtre sans papier vola l'identité d'un certain Lý, malheureux mort de dysenterie cholérique, jeté à la mer durant la traversée. 

Ma signature porte son cadavre. Comment rendre son nom à l'anonyme de la mer ? 

Quand les morts dans nos têtes continuent de parler, ne nous voilons pas la face, écoutons leurs voix hallucinées en nous, écrivons ce qu'elles nous murmurent d'elles.

l'apatride

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Un livre accompagne mon errance. Je ne l'ouvrirai pas une fois. Pourtant sa présence seule me rassure.  Je le regarde fermé sur la table, telle une issue de secours à portée de main.

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ciel en guerre
lutte de corps gazeux par millions
muscles de coton contractés 
les nuages s'entretuent



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Je réponds à l'inconnu : ne pas écrire est un masque d'écrivain.



1 commentaire:

Dominique Hasselmann a dit…

Un aphorisme de Lichtenberg dit à peu près la même chose (je n'ai pas le livre sous la main), en rapport avec la dernière phrase du texte.

Il existe sans doute des millions d'écrivains inconnus (surtout en cette "rentrée littéraire" avec remise des prix au début et non à la fin de l'année scolaire)...