samedi 27 février 2016

#403


Nécessité qui s'impose depuis quelques temps: enfoncer la porte condamnée du journal. Reprendre son écriture tout en restant sur ses gardes. Méfiance à l'égard de tous pronoms. La peur d'être à nouveau trahi. De trahir aussi. Bien se garder de se prendre pour soi ou quelqu'un d'autre. S'en tenir au fragment, à la note, disparaître derrière elle, devenir regard, écoute, toucher, goût, odeur, geste, souffle, salive, chair, ovule, sperme, sang, partout, dans la rue, au bureau, sous les ponts, sur un banc, contre un arbre, un mur, derrière des barreaux, au bord de l'eau, du vide à la fenêtre, à l'horizon, quand le temps s'arrête l'espace d'un instant, un court instant d'où l'anonymat d'une voix sans nom, surgit, résonne en soi comme dans le monde entier...

(à ces mots le chien lève les yeux, l'air peu concerné...)

2 commentaires:

Luc Comeau-Montasse a dit…

Merci de nous donner (ou redonner)
le chemin pour ne pas (se, le, nous) trahir.
.
[il est des lieux où l'on rencontre ... (qu'on voudrait rencontrer) des êtres qui détournent (retournent) la vie vers son essence
qui ont vu ou deviné l'ombre du malin et sa main
ils s'efforcent alors de retrouver l'espace d'où le désir d'être unique les avait exilé.
Uniques ils le deviennent alors.]

(désolé de la maladresse pour dire, il n'y a dans de mots que la forme de ce que cela voudrait dire)

Julien Boutonnier a dit…

Soi est un passage que rien ne saisit en son entier.
Prétendre le contraire serait une imposture.
Mais combien sont nombreux ceux qui voudraient d'une définition de soi sur laquelle ne plus avoir à revenir!
Le journal est une hygiène de non saisie de soi?